Wassila. B
La décision du ministre de l’Éducation nationale de supprimer les matières secondaires des examens du BEM et du baccalauréat a le mérite de poser une question fondamentale : que doit vraiment évaluer notre système scolaire ? En cherchant à alléger la pression sur les élèves et à recentrer l’enseignement sur les disciplines fondamentales, cette orientation semble répondre à une critique récurrente : celle d’un système axé sur la quantité et l’accumulation, au détriment de la qualité et de la profondeur des apprentissages. L’objectif déclaré est louable, mais sa concrétisation exige une vigilance et une précision qui, pour l’heure, semblent encore en débat. L’accueil globalement positif des syndicats, comme le SNTE, repose sur un constat partagé : l’élève algérien subit souvent un volume horaire et un nombre de matières démesurés, culminant dans des sessions d’examen marathoniennes contre-productives. La proposition de Hassan Belbaki de scinder le baccalauréat en deux temps, les matières secondaires en 2e année, les fondamentales en terminale, est une piste de réflexion structurante. Elle permettrait de donner du sens à chaque cycle, de désamorcer l’angoisse de « l’examen unique » et de valoriser une progression continue. De même, l’idée de transformer le BEM en une évaluation des acquis, moins centrée sur la note sanction, pourrait marquer un tournant psychologique et pédagogique majeur, réduisant la dictature du bachotage et des cours particuliers.
Cependant, derrière ce consensus de principe se cachent des lignes de fracture et des zones d’ombre cruciales. La première interrogation, soulevée avec justesse par le SATEF, est celle du flou. Quelles matières seront qualifiées de « secondaires » ? L’histoire-géographie, les sciences, une langue vivante ? Le choix est éminemment philosophique. Il engage notre vision de la culture générale et du citoyen que nous souhaitons former. Une spécialisation trop précoce ou trop rigide risque de créer des générations d’élèves techniquement compétents dans un domaine, mais au bagage intellectuel et critique améliorable.
La seconde inquiétude porte sur les conditions de mise en œuvre. Une réforme de cette ampleur ne peut être décrétée sans une préparation rigoureuse des enseignants, une refonte des programmes et une adaptation des supports pédagogiques. L’appel de Boualem Amoura à une commission réellement représentative, intégrant les professionnels de terrain, est essentiel. Les échecs passés de réformes éducatives sont souvent nés d’une conception technocratique, déconnectée de la réalité des classes. L’adhésion des enseignants, premiers artisans de tout changement, sera déterminante. Enfin, l’introduction de filières numériques (IA, cybersécurité) répond à un besoin économique évident. Elle suppose des investissements massifs en infrastructure, une formation pointue des formateurs et une intégration réfléchie dans un parcours cohérent.
