Wassila. B
L’annonce, ce lundi, par la Haute Autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption (HATPLC) du transfert de quinze dossiers à la justice et de deux autres à la Cour des comptes, sur un total de dix-huit examinés, n’est pas une simple information administrative. C’est un signal fort, un jalon concret dans le long et complexe chemin qu’emprunte l’Algérie pour asseoir un État de droit et restaurer la confiance publique. Derrière ces chiffres se dessine la silhouette d’une institution qui, patiemment, commence à incarner la volonté politique affichée de tourner la page des pratiques opaques. Pendant des décennies, le discours sur la lutte anticorruption butait trop souvent sur l’écueil de l’impunité. La création de la HATPLC, dans le sillage des aspirations populaires pour un renouveau, répondait à une exigence de crédibilité. Aujourd’hui, sous la présidence de Mme Salima Mousserati, l’autorité démontre qu’elle peut être bien plus qu’une instance symbolique. Le transfert massif de dossiers vers les procureurs généraux compétents signifie une chose essentielle : la phase d’investigation préliminaire débouche sur des actes judiciaires. La corruption n’est plus traitée comme un dysfonctionnement administratif, mais comme un délit potentiel, relevant de la saisine des tribunaux. L’implication de la Cour des comptes, pour sa part, souligne l’importance cruciale de la dimension financière et de la responsabilité dans la gestion des deniers publics. Cette action énergique ne s’inscrit pas dans un vacuum. Elle s’entoure d’un cadre méthodique et prospectif, comme en témoigne l’adoption lors de cette même session du bilan 2025 et du plan d’action 2026. Cette rigueur organisationnelle est le socle indispensable d’une action durable, qui dépasse le coup d’éclat pour s’installer dans la durée. Par ailleurs, l’examen de projets de coopération avec des organismes homologues étrangers, évoqués lors de la Conférence des Nations Unies contre la corruption à Doha, est un autre signe encourageant. Il montre que l’Algérie entend inscrire sa lutte dans un cadre international, partager les bonnes pratiques et bénéficier de l’expérience d’autrui. La corruption est un fléau transnational ; la réponse doit l’être aussi. La prévention, mission tout aussi vitale de la HATPLC, doit continuer à se développer à travers la sensibilisation, la formation et la simplification des processus administratifs. La confiance du citoyen se gagne dans la transparence des verdicts autant que dans la fermeté des poursuites. Néanmoins, il faut saluer sans réserve cette évolution. Elle marque une transition cruciale : celle du discours vers la procédure, de la dénonciation vers la preuve, et de l’intention vers la sanction. Chaque dossier transmis à la justice est un message adressé à la fois aux détenteurs d’un pouvoir tenté par des passe-droits et à une société civile en attente de preuves tangibles. C’est la démonstration qu’une architecture institutionnelle dédiée, dotée de moyens et d’une volonté politique soutenue, peut produire des effets réels.
