Le rapport annuel 2025 de la Cour des comptes, vient d’être rendu public. Plus
qu’un simple document comptable, cette livraison est un acte de transparence
publique. Par sa précision chirurgicale et l’étendue des secteurs audités,
l’institution confirme son rôle de sentinelle infatigable de l’argent du
contribuable. Dans un contexte de réformes budgétaires profondes, ce travail
mérite d’être salué : il ne se contente pas de dénoncer, il pose le diagnostic
indispensable pour une Algérie plus performante. C’est une radiographie sans
concession qui doit servir de feuille de route à l’action publique. Le premier
enseignement de ce rapport est saisissant : le manque de moyens n’est plus
l’obstacle majeur au développement. Que ce soit dans la santé, le numérique ou
l’équipement public, les budgets sont là, souvent colossaux. Le défi est
structurel. L’exemple du Plan National Cancer (2015-2019) est, à cet égard,
emblématique. La Cour souligne que malgré la construction de centres
spécialisés (CLCC), le dispositif endure des dysfonctionnements évitables. Des
accélérateurs de radiothérapie coûteux tombent en panne faute de contrats de
maintenance anticipés, et la gestion des médicaments innovants souffre d’une
répartition inéquitable. Ce constat est un appel à passer de la « logique de
l’infrastructure » à celle du « service rendu ». L’enjeu n’est plus de bâtir, mais

de faire fonctionner et de rendre accessible. Cette difficulté à piloter dans la
durée se retrouve partout. Le secteur du numérique, via l’ANPT, illustre une
autre forme de secteur à améliorer. Des retards de plus de dix ans sur des parcs
technologiques et l’annulation de projets de numérisation de l’administration
publique témoignent d’un défi immense à conduire des chantiers complexes. La
Cour des comptes, en pointant ces points à améliorables, joue ici un rôle de
conseiller stratégique pour l’État.
Au niveau local, le rapport lève le voile sur une réalité paradoxale. Les
communes, renforcées massivement en effectifs par l’intégration des dispositifs
DAIP/DAIS, souffrent pourtant d’une absence criante de compétences
techniques. Les collectivités municipales croulent sous le personnel
administratif alors que les architectes, les ingénieurs et les vétérinaires font
défaut. Cette gestion « quantitative » des ressources humaines produit des effets
désastreux : la prolifération des constructions illicites et l’obsolescence des
outils de planification (PDAU/POS) sont les conséquences directes de ce déficit
d’expertise. Plus grave encore, l’expérience du solaire dans les écoles symbolise
un gaspillage sidérant. Des équipements coûteux, installés pour amorcer la
transition énergétique, sont aujourd’hui en panne ou inexploités faute
d’entretien. La Cour rappelle ici une règle d’or : un investissement sans
maintenance est une perte sèche pour la nation.
Face à ces constats, la Cour des comptes montre l’exemple. Il faut souligner la
rigueur dont elle fait preuve envers elle-même et les justiciables. En 2023, son
activité juridictionnelle a été intense : 1 125 arrêts rendus, et la transmission de
dossiers à la justice pénale. Cette fermeté est le socle de la confiance entre le
citoyen et les institutions. Elle prouve que l’impunité n’est pas une fatalité. Le
rapport détaille les efforts de modernisation pour la certification des comptes de
l’État prévue dès 2025.