Wassila. B
La décision de la Banque d’Algérie d’interdire les versements en espèces sur les comptes commerciaux, bien qu’assortie d’une période de transition nécessaire, constitue une étape décisive et salutaire pour l’économie nationale. Dans un contexte marqué par la prédominance du cash, cette orientation ferme vers la dématérialisation des transactions est un signal fort en faveur de la transparence, de la modernisation et de l’intégration de notre appareil productif dans les normes économiques du XXIe siècle.
Il est vrai que l’annonce initiale avait suscité des inquiétudes légitimes. Le tissu économique algérien, où plus de deux millions de commerçants coexistent avec moins de 80 000 terminaux de paiement électronique, est profondément ancré dans l’usage du liquide. Pour de nombreux acteurs, notamment les distributeurs et les producteurs, les espèces perçues des petits détaillants sont le carburant immédiat de la chaîne d’approvisionnement. La crainte d’une rupture brutale était donc compréhensible.
C’est précisément pourquoi la clarification apportée par la Banque d’Algérie le 31 décembre est aussi importante que la mesure elle-même. En réunissant les banques commerciales, le régulateur a fait preuve de pragmatisme et d’écoute. Les quatre points précisés (la non-interdiction pure et simple, l’interdiction d’une application abusive généralisée, l’octroi d’un délai d’adaptation et la nécessité de justificatifs pour les dépôts) transforment un décret radical en une feuille de route réaliste. Cette approche démontre une volonté de réforme profonde, et non d’asphyxie.
Le cœur du sujet, au-delà de la simple modernisation des paiements, est la lutte contre les fléaux qui minent notre économie : l’informel, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. L’économie parallèle, en privant l’État de recettes essentielles, limite sa capacité à investir dans les services publics, les infrastructures et la protection sociale. En canalisant les flux financiers vers les circuits bancaires officiels, cette mesure est un puissant outil pour élargir l’assiette fiscale, renforcer la justice contributive et assainir la concurrence. Les entreprises vertueuses, qui paient leurs impôts et cotisations, ne seront plus pénalisées face à celles opérant dans l’ombre.
La période de transition accordée, dont certaines banques ont déjà fixé les contours à un mois avec l’objectif d’une « courbe descendante » des dépôts en cash, est cruciale. Elle doit être mise à profit pour une campagne massive de sensibilisation et d’accompagnement. Les banques ont ici une responsabilité majeure : simplifier l’accès aux moyens scripturaux (comptes, chéquiers, virements), réduire leurs coûts, et déployer des solutions adaptées aux très petits commerçants et aux zones rurales. Le défi de l’inclusion financière est immense, mais c’est la condition du succès. Cette réforme aligne l’Algérie sur les meilleures pratiques internationales de gouvernance économique.




