Le Maroc massacre le football africain !  

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Wassila. B

Le Maroc massacre le football africain !  Deux mois. Il aura fallu deux longs mois à la Confédération africaine de football pour commettre l’un des plus grands hold-up de l’histoire du sport continental. En attribuant officiellement au Maroc le titre de champion d’Afrique 2025, au détriment du Sénégal, vainqueur légitime sur le terrain, l’instance dirigée par Patrice Motsepe vient de porter un coup fatal à la crédibilité déjà chancelante du football africain. Que s’est-il donc passé pour qu’une finale remportée au terme d’une bataille de 120 minutes se transforme en une victoire sur tapis vert, sur le score absurde de 3-0 ? Un recours marocain, une révision complice du dossier, et voilà que la loi du bureau prend le pas sur celle du terrain. Du jamais-vu dans les annales des compétitions majeures.

Cette décision honteuse, rendue dans le silence des cabinets plutôt que dans la lumière des stades, dit tout du mépris dans lequel la CAF tient désormais les supporters, les joueurs et les valeurs fondamentales du sport. Elle donne raison à ceux qui, comme Claude Leroy, dénoncent depuis des années les « magouilles » qui gangrènent l’institution. « Pitoyable », « scandale sans précédent », les mots de l’ancien sélectionneur résonnent comme un réquisitoire implacable contre une instance qui semble avoir perdu toute boussole morale. Le plus consternant dans cette affaire n’est pas tant la décision elle-même que le délai invraisemblable de son annonce. Comme le souligne avec justesse Samir Nasri, si le verdict était tombé dans la foulée de la finale, l’incompréhension aurait pu laisser place à un semblant d’acceptation. Mais deux mois plus tard, quand la poussière des crampons est retombée et que la liesse populaire s’est éteinte, cette révision sent mauvais. Elle a l’odeur des combines de couloir et des marchés conclus dans l’ombre. Les joueurs sénégalais, ces véritables héros du pré, expriment avec dignité leur amertume. Sadio Mané, capitaine exemplaire, met le doigt sur la plaie béante qui défigure le football africain : « Il y a trop de corruption dans notre jeu. » Quand les décisions extra-sportives priment sur la sueur et le sacrifice des athlètes, c’est tout l’édifice qui vacille. Pape Demba Diop résume en une phrase le sentiment général : « On est chez les fous. »

Pendant ce temps, le Maroc, qui n’a pas réussi à conquérir le titre sur le terrain, se voit indument offrir sur un plateau ce que ses joueurs n’ont su arracher à la force des mollets. L’image du football marocain sort elle aussi ternie de cette mascarade. Car un titre volé ne pèse pas lourd face à la mémoire collective des peuples. Que le Tribunal arbitral du sport, saisi par le Sénégal, rende ou non justice aux Lions de la Teranga, le mal est fait. La CAN 2025 restera à jamais comme le symbole de l’arbitraire, du mépris des règles et de la toute-puissance des intérêts occultes sur l’esprit sportif. La CAF a cru pouvoir réécrire l’histoire. Elle n’a réussi qu’à signer son acte de décrédibilisation définitive. Le football africain mérite mieux que cette médiocrité institutionnelle. Il mérite des dirigeants à la hauteur de ses légendes.