Pionnier algérien du laser médical entre reconnaissance internationale et ambition de structuration d’une spécialité d’avenir

Par Meriem B

Seul dermatologue algérien membre à part entière de la Société française des lasers en dermatologie, le Dr Kamel Messaoud Nacer s’impose comme l’une des figures de référence dans un domaine en pleine mutation. Son parcours, jalonné de distinctions internationales et d’une implication active dans plusieurs sociétés savantes, témoigne de l’émergence d’une expertise algérienne reconnue au-delà des frontières. Entre recherche, innovation technologique et pratique clinique, il revient sur les étapes marquantes de son itinéraire, les avancées de la dermatologie laser et les défis liés à la structuration de cette spécialité en Algérie.

CapDz : Vous êtes aujourd’hui le seul dermatologue algérien membre de la Société française des lasers en dermatologie. Que représente cette reconnaissance ?

Dr Nacer : C’est une reconnaissance importante à plusieurs niveaux. Sur le plan personnel, elle vient consacrer un parcours construit dans la durée, avec beaucoup de rigueur et de persévérance. Sur le plan professionnel, elle atteste de la qualité des travaux réalisés et de l’implication dans la discipline. J’ai d’abord été membre correspondant, avant de devenir membre à part entière il y a trois ans, ce qui marque une évolution significative dans la reconnaissance de mon travail.

Être membre de cette société savante implique également une forme d’engagement institutionnel. Cela permet non seulement d’accéder à un réseau scientifique de haut niveau, mais aussi de participer aux orientations de la discipline, notamment à travers les congrès, les échanges scientifiques et, potentiellement, la gouvernance. C’est une responsabilité importante, car elle engage à représenter la dermatologie algérienne avec sérieux, exigence et crédibilité à l’échelle internationale.

CapDz : Votre parcours vous a permis d’accéder à une reconnaissance internationale rare. Quelles en sont les grandes étapes ?

Dr Nacer : Mon parcours s’est construit autour de deux axes principaux : la recherche scientifique et la participation active aux grands congrès internationaux. Depuis 2007, j’ai présenté plus d’une vingtaine de travaux scientifiques, notamment au sein de la Société américaine des lasers, ce qui m’a permis d’intégrer progressivement les cercles scientifiques internationaux.

Cette implication a été déterminante pour obtenir le statut de « fellow », une distinction rare et exigeante. À ma connaissance, je suis le seul Africain à avoir obtenu ce statut au sein de cette société. J’ai également eu l’honneur d’être nommé à deux reprises au poste de vice-président, ce qui témoigne de la reconnaissance de mes pairs.

Mais au-delà des distinctions, c’est surtout une démarche continue de travail, de remise en question et de contribution à l’avancement des connaissances. La reconnaissance internationale n’est jamais un point d’arrivée, mais un processus qui nécessite un engagement constant et une volonté de progresser.

CapDz : Quelles sont les exigences pour intégrer des sociétés scientifiques aussi prestigieuses ?

Dr Nacer : Les exigences sont particulièrement élevées. Il faut d’abord présenter des travaux scientifiques originaux, pertinents et méthodologiquement irréprochables. L’aspect éthique est fondamental, notamment en ce qui concerne la transparence et l’absence de conflits d’intérêt.

La participation régulière aux congrès internationaux constitue également un élément clé. Ces déplacements se font souvent à titre personnel, sans prise en charge, ce qui implique un investissement important, à la fois financier et humain. Cela reflète aussi le degré d’engagement que requiert ce type de parcours.

Au-delà de l’expertise scientifique, il y a une dimension de représentation. Intégrer ces sociétés, c’est aussi porter une image, défendre un niveau d’exigence et contribuer à faire reconnaître le travail réalisé dans son pays d’origine. C’est un rôle qui dépasse le cadre individuel.

CapDz : La dermatologie laser a connu une évolution rapide. Comment a-t-elle évolué en Algérie ?

Dr Nacer : L’évolution a été particulièrement marquante. L’introduction du premier laser en Algérie remonte à l’année 2000. À l’époque, cet outil était perçu avec beaucoup de scepticisme, voire de méfiance. Son utilisation était encore marginale et peu connue.

Progressivement, les mentalités ont évolué, notamment grâce aux résultats obtenus et à la diffusion des connaissances. Aujourd’hui, le laser est devenu un outil thérapeutique incontournable en dermatologie. Il est utilisé dans de nombreuses indications, comme l’épilation, le traitement des lésions vasculaires, le détatouage ou encore certaines pathologies cutanées.

L’Algérie compte désormais près de 500 équipements, ce qui montre à quel point cette technologie s’est démocratisée. Cette évolution témoigne d’un véritable changement de paradigme dans la prise en charge dermatologique.

CapDz : Quelles sont les innovations les plus marquantes aujourd’hui dans ce domaine ?

Dr Nacer : La dermatologie laser est en constante évolution. Les technologies actuelles permettent une précision accrue, avec des dispositifs toujours plus performants et adaptés à des indications spécifiques.

Nous assistons également à l’émergence de nouvelles approches, comme l’utilisation des nanoparticules ou des exosomes, qui ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques. Les techniques combinées, associant par exemple le laser et la radiofréquence, permettent d’optimiser les résultats, notamment dans le domaine esthétique.

Ces innovations permettent non seulement d’améliorer l’efficacité des traitements, mais aussi de réduire les effets secondaires et d’offrir des solutions moins invasives pour les patients.

CapDz : Quels sont les bénéfices concrets pour les patients ?

Dr Nacer : Les bénéfices sont multiples. D’abord, les traitements sont plus ciblés, ce qui permet d’agir précisément sur la zone à traiter tout en préservant les tissus environnants. Cela améliore la sécurité et le confort du patient.

Ensuite, de nombreuses pathologies peuvent être traitées efficacement, qu’il s’agisse de l’excès de pilosité, des angiomes, des tatouages, des cicatrices ou des troubles pigmentaires. Même des pathologies plus complexes, comme le vitiligo ou certaines formes d’acné, peuvent bénéficier de ces avancées.

Enfin, ces techniques permettent souvent d’obtenir des résultats visibles avec moins de séances et une récupération plus rapide, ce qui constitue un avantage majeur par rapport aux approches plus classiques.

CapDz : Le laser présente-t-il des limites ?

Dr Nacer : Oui, bien entendu. Le laser est un outil puissant, mais il ne constitue pas une solution universelle. Chaque patient est différent, et chaque indication doit être évaluée avec rigueur.

Dans certains cas, les traitements conventionnels restent plus adaptés ou plus efficaces. Le rôle du praticien est justement de faire le bon choix thérapeutique, en fonction de la pathologie, du type de peau et des objectifs recherchés.

Il est essentiel de ne pas céder à l’effet de mode et de privilégier une approche scientifique et raisonnée.

CapDz : Où se situe l’Algérie aujourd’hui dans ce domaine ?

Dr Nacer : L’Algérie a réalisé des progrès significatifs, notamment en termes d’équipement et d’accès aux technologies. Cependant, le principal défi reste la structuration de la formation.

Il est indispensable de mettre en place un diplôme universitaire dédié à la dermatologie laser. Cela permettrait d’assurer un encadrement académique solide, de standardiser les pratiques et de garantir un haut niveau de compétence.

Sans cadre structuré, le développement de la spécialité risque de manquer de cohérence.

CapDz : La formation est-elle aujourd’hui un enjeu central ?

Dr Nacer : Absolument. L’engouement pour le laser ne doit pas se faire au détriment de la qualité de la formation. Il existe aujourd’hui des formations très courtes qui ne permettent pas d’acquérir les compétences nécessaires.

La dermatologie laser est une discipline qui nécessite du temps, de la pratique et une solide base scientifique. Il est donc essentiel de privilégier des formations longues, encadrées et reconnues.

Les instances de régulation doivent également jouer un rôle pour encadrer la pratique et garantir la sécurité des patients. 

CapDz : Y a-t-il un cas ou une expérience professionnelle qui vous a particulièrement marqué ?

Dr Nacer : Oui, un cas m’a profondément marqué. Il s’agit d’un nourrisson atteint d’un angiome plan que j’ai pris en charge. Vingt ans plus tard, cette patiente est revenue me voir pour me remercier. Elle était devenue universitaire à Tizi Ouzou, issue d’une famille de médecins. Ce moment reste particulièrement marquant.

Par ailleurs, mon passage en 2012 à l’université Harvard constitue également une étape importante de mon parcours. Cette expérience m’a permis d’enrichir ma vision scientifique et de renforcer mon ouverture aux pratiques internationales.

CapDz : Quels sont vos projets à moyen terme ?

Dr Nacer : Mon objectif principal est de contribuer à la mise en place d’une formation universitaire diplômante en Algérie. Cela me tient particulièrement à cœur, car je considère que c’est une étape essentielle pour structurer durablement la spécialité.

À l’international, je souhaite poursuivre mon engagement au sein des sociétés savantes, avec l’ambition, à terme, d’accéder à des responsabilités encore plus importantes.

CapDz : Un dernier mot sur ce qui vous anime au quotidien ? Dr Nacer : Ce qui me motive avant tout, c’est l’impact humain de notre travail. Voir un patient s’améliorer, retrouver confiance ou voir sa qualité de vie changer est extrêmement gratifiant. C’est ce qui donne du sens à notre engagement et qui nous pousse à continuer à avancer, à innover et à transmettre.