L’Algérie, un pivot diplomatique et économique

11

Wassila. B

L’Algérie s’est imposée, presque sans bruit pour ceux qui refusent de voir, comme un carrefour diplomatique incontournable. Dans un monde qui part en éclats, Alger devient un point de rayonnement. Une stabilité rare, une fiabilité énergétique que les grandes puissances, y compris les plus occidentales, ont cessé de considérer comme une simple option pour en faire une priorité. Regardez l’Italie. Giorgia Meloni fait d’Alger le pivot de son ambition méditerranéenne. Le 25 mars, elle y sera, dans le cadre de ce fameux « Plan Mattei » qui veut faire de la péninsule le pont énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Ce n’est pas un hasard, c’est une nécessité : Rome tire désormais plus du tiers de son gaz de l’Algérie. Mais l’affaire va bien au-delà du simple approvisionnement. Transmed, bientôt Galsi, l’hydrogène vert en ligne de mire… et, cerise sur le gâteau, un contrat à 4 milliards de dollars associant Sonatrach à Eni, TotalEnergies et Occidental Petroleum. Les majors, elles, ne croient pas aux contes d’isolement ; elles croient aux gisements et à la constance. Aujourd’hui, ce sont plus de deux cents entreprises italiennes qui tournent en Algérie. Les échanges sont en hausse, avec près de 13 milliards d’euros en 2025. Et dans le domaine pharmaceutique, l’Italie a pris les devants, devançant l’Allemagne, pour accompagner Alger sur le chemin de l’autonomie technologique. Le gazoduc, finalement, n’est plus un simple tube : il est devenu le cordon industriel d’une Méditerranée centrale en pleine recomposition.

Quant à l’Espagne, après une passe d’armes diplomatique, Madrid a compris une chose simple : on ne boude pas une nécessité stratégique. Le chef de la diplomatie espagnole est lui aussi attendu à Alger fin mars, pour préparer un sommet entre Pedro Sánchez et Abdelmadjid Tebboune. Pour les Espagnols, comme pour les Italiens, l’enjeu est vital : sécuriser l’énergie face aux soubresauts du Moyen-Orient, et stabiliser un voisinage méditerranéen instable. L’Algérie n’est plus un partenaire parmi d’autres, elle est la clé.

Washington aussi aspire à une coopération intense avec Alger. Le président Tebboune vient de recevoir un appel de Massad Boulos, conseiller principal du président américain, des vœux certes, mais aussi l’occasion d’évoquer la coopération autour du Sahel et d’autres dossiers de partenariat. Les États-Unis cherchent des interlocuteurs solides, des pays qui ont une doctrine et une vraie lecture des équilibres régionaux. Alger en fait partie. L’Algérie, sous l’impulsion de son président, a fait de la tourmente régionale un levier de rayonnement. Entre Meloni et Albares en visite, le dialogue privilégié avec Washington et les investissements massifs des majors, Alger est sollicitée de partout. Elle est, littéralement, au centre du jeu. Et si ce centre-là dérange, ce n’est pas parce qu’il est vide. C’est parce qu’il est occupé par un pays qui a choisi sa souveraineté, sa fiabilité, et refuse de jouer les figurants dans les vieux drames qui ne sont plus les siens.