Meriem B
Réunie ce lundi lors de sa quatrième session ordinaire au titre de l’année 2025, l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) d’Oran a placé le dossier des cimetières publics et privés au cœur de ses travaux. Un sujet sensible, à forte charge symbolique, religieuse et patrimoniale, qui a donné lieu à un constat sans complaisance de la commission concernée, mettant en lumière les dysfonctionnements persistants et l’urgence d’une prise en charge globale et durable de ces espaces de mémoire.
Présenté comme l’un des axes majeurs de cette session, le dossier des cimetières a été abordé sous ses multiples dimensions : humaine, spirituelle, sociale, historique et urbanistique. Les élus ont unanimement souligné que les cimetières ne sauraient être considérés comme de simples lieux d’inhumation, mais comme des espaces publics à forte valeur mémorielle, directement liés à la dignité humaine, au respect des morts et à la préservation de la mémoire collective de la ville d’Oran.
Un état des lieux préoccupant
Le rapport présenté à l’APW a dressé un tableau préoccupant de la situation de nombreux cimetières à travers les communes de la wilaya. Dégradation avancée des infrastructures, accumulation de déchets, prolifération des herbes sauvages, insuffisance d’entretien, actes de vandalisme et vols de stèles figurent parmi les principales anomalies relevées. À cela s’ajoutent la pression du tissu urbain, le manque d’espaces disponibles et l’absence de clôtures efficaces pour plusieurs sites, exposés aux intrusions et aux atteintes diverses.
Les membres de la commission ont insisté sur le fait que ces défaillances portent atteinte non seulement à l’image de la ville, mais surtout à la sacralité des lieux et au respect dû aux défunts, rappelant que, dans la tradition religieuse, l’honneur du mort est aussi inviolable que celui du vivant.
Aïn El Beïda, symbole d’une mémoire fragilisée
Parmi les sites les plus sensibles examinés figure le cimetière d’Aïn El Beïda, principal cimetière de la wilaya et véritable cœur mémoriel d’Oran. D’une superficie de 130 hectares, ce site historique, créé en 1946, abrite notamment le Carré des Martyrs de la Révolution. La commission a alerté sur l’état de dégradation avancée du monument commémoratif, dont certaines structures, notamment les éléments porteurs de la coupole, présentent un risque réel d’effondrement.
Malgré des aménagements réalisés ces dernières années, l’état des voies internes, du mur d’enceinte et des équipements de base demeure insuffisant, compliquant l’accès des familles et fragilisant davantage ce lieu emblématique.
Saturation des espaces et défis urbains
Les élus ont également mis en avant la saturation de plusieurs cimetières, notamment ceux situés à proximité des zones urbaines, à l’image d’Aïn El Beïda. La recherche de nouvelles extensions ou de sites alternatifs s’impose désormais comme une nécessité, face à l’évolution démographique et à l’expansion urbaine. Des propositions ont été formulées pour la réalisation de murs de clôture, la réhabilitation de salles de prière et l’aménagement de cimetières tels que ceux de Moul El Douma, El Melh, Sidi El Gharib, Labioud à Sidi Chahmi, Sidi El Kheir à Oued Tlelat ou encore El Mahdia également à Oued Tlelat.
Vers une approche collective et patrimoniale
Au-delà des solutions techniques, la commission de l’APW a insisté sur la nécessité d’une responsabilité partagée impliquant les collectivités locales, les services concernés, la société civile et les citoyens. L’entretien et la protection des cimetières ne peuvent être envisagés comme une action ponctuelle, mais comme une politique publique pérenne.
L’inscription de certains cimetières historiques sur les listes du patrimoine local a été proposée comme un levier essentiel pour assurer leur protection juridique et mobiliser des financements dédiés.
À travers ce constat et les recommandations formulées, l’APW d’Oran appelle à redonner aux cimetières leur statut d’espaces de recueillement, de respect et de mémoire, garants de l’histoire de la ville et du droit des générations futures à un héritage préservé.
