« Le digital ne peut prospérer sans dialogue humain et social »
Par Meriem B
Face aux transformations numériques rapides qui bouleversent nos sociétés, les sciences humaines et sociales jouent un rôle central pour orienter le développement technologique au service de l’Homme et de la collectivité. Le progrès digital, aussi avancé soit-il, ne peut atteindre ses objectifs de développement s’il n’est pas encadré par une vision humaine respectueuse des valeurs sociales et culturelles et garante de justice et de durabilité.
Dans ce contexte, le Forum arabe des sciences humaines et sociales a été organisé comme une initiative académique régionale visant à réaffirmer l’importance de ces disciplines à l’ère du numérique et à explorer leurs contributions possibles à des politiques de développement équilibrées. Le forum a été coordonné par le Conseil de coopération scientifique algérien, en partenariat avec l’Université de Kairouan et l’Université de Sfax en Tunisie, ainsi que l’Université d’Al Jufra en Libye, sous le thème :
« Sciences humaines et sociales : défis du numérique et opportunités pour un développement durable ».
Ce forum a constitué un espace académique arabe commun, réunissant des chercheurs et experts venus d’Algérie, de Tunisie, de Libye, de Syrie et du Soudan. Les discussions ont porté sur le développement de la recherche scientifique arabe collaborative, le renforcement de la coopération académique et l’accompagnement des transformations numériques tout en préservant les valeurs humaines et sociales, fondements de tout projet de développement durable.
À cette occasion, Cap Dz a rencontré Dr Hafida Merioua, coordinatrice générale du forum, pour faire le point sur les objectifs, les dimensions stratégiques et les enjeux futurs de cette initiative scientifique.
Cap Dz : Quels étaient les objectifs principaux de ce forum ?
Dr Merioua: Le forum vise à renforcer la coopération scientifique et intellectuelle entre les universités arabes, à souligner le rôle central des sciences humaines et sociales dans l’accompagnement des transformations numériques et à relier la recherche scientifique aux enjeux du développement durable. Il cherche également à créer un espace arabe commun de dialogue académique, d’échanges d’expériences et de consolidation des efforts de recherche face aux défis sociétaux, dans un esprit de partage et de collaboration.
Cap Dz: Quelle est l’importance de ce forum pour le renforcement de la coopération académique entre les universités arabes ?
Dr Merioua : Le forum constitue une plateforme concrète réunissant chercheurs et experts de plusieurs pays arabes, ouvrant de réelles perspectives pour des partenariats scientifiques durables. Il permet de passer de la coopération théorique à la mise en place de mécanismes pratiques de coordination académique, renforçant ainsi la visibilité de la recherche arabe sur les plans régional et international.
Cap Dz: Vous insistez sur l’échange d’expertises entre les institutions universitaires arabes. Quelles sont les actions concrètes envisagées ?
Dr Merioua : Nous mettons en place plusieurs mécanismes : création de réseaux de recherche arabes communs, mobilité des enseignants et chercheurs, lancement de projets multidisciplinaires, et organisation de colloques et ateliers scientifiques réguliers. Nous accordons aussi une grande importance à la publication scientifique conjointe et au partage des expériences réussies dans le domaine de la transformation numérique et de la recherche appliquée aux problématiques sociales.
Cap Dz: Le rôle de l’Algérie a été largement salué durant le forum. Comment se traduit cet engagement ?
Dr Merioua: L’Algérie se distingue par l’initiative d’organisation de ce forum et son soutien constant à la recherche scientifique arabe collaborative. Elle dispose d’une vision claire visant à renforcer l’unité scientifique arabe et à relier la recherche académique aux questions de développement et de justice sociale, tout en offrant des espaces de dialogue scientifique sérieux et constructif entre universités arabes.
Cap Dz: Pourquoi est-il crucial d’intégrer aujourd’hui les sciences humaines et sociales dans les stratégies de transformation numérique ?
Dr Merioua: Le numérique n’est pas seulement une question technique ; il s’agit d’un projet civilisationnel et sociétal. Les sciences humaines et sociales permettent d’orienter la technologie au service de l’Homme, de comprendre ses impacts sociaux et culturels, de garantir la justice sociale et de préserver les valeurs et l’identité. Sans cet encadrement, le développement numérique risque de perdre sa dimension humaine.
Cap Dz : Quelles recommandations ou orientations le forum a-t-il formulées pour accompagner le développement durable dans le monde arabe ?
Dr Merioua: Les recommandations principales concernent le renforcement de la recherche interdisciplinaire entre sciences humaines et technologies, le soutien aux projets alignés sur les objectifs de développement durable, l’encouragement de l’innovation sociale, ainsi que l’élaboration de politiques éducatives et scientifiques tenant compte des spécificités culturelles et sociales de chaque pays arabe, tout en répondant aux exigences de l’ère numérique.
Cap Dz : Les conclusions du forum peuvent-elles déboucher sur des projets ou partenariats universitaires durables ?
Dr Merioua: Absolument. L’un des objectifs majeurs du forum est de lancer des projets de recherche conjoints et d’établir des partenariats universitaires durables entre les institutions participantes, assurant ainsi la pérennité de la coopération scientifique et la transformation des recommandations du forum en programmes et initiatives concrètes sur le terrain.
Cap Dz : Quel message souhaitez-vous adresser aux chercheurs arabes face aux défis actuels ?
Dr Merioua : J’invite les chercheurs arabes à renforcer l’esprit de coopération et d’ouverture, à s’engager dans des projets de recherche communs qui servent nos sociétés, tout en accompagnant les transformations numériques sans négliger les valeurs humaines et culturelles. La recherche scientifique est aujourd’hui une responsabilité collective et un outil essentiel pour construire une société arabe du savoir capable de relever les défis du présent et d’anticiper ceux de l’avenir.




