Wassila. B

Les chiffres dévoilés ce mardi par Mme Wahiba Zeknoune, directrice divisionnaire du commerce électronique, sont plus qu’éloquents : plus de 92% des commerçants algériens adhèrent désormais au processus d’e-commerce. Ce taux, presque unanime, n’est pas le fruit du hasard. Il est l’aboutissement d’une trajectoire positive engagée depuis 2020, année charnière du lancement officiel de cette activité en Algérie, et intensifiée par une campagne de sensibilisation d’envergure ayant touché plus de 180 000 acteurs. Ce succès quantitatif interpelle. Dans un contexte économique global marqué par la digitalisation, l’Algérie semble avoir trouvé la formule pour embarquer sa communauté commerçante dans cette transition inéluctable. La méthode privilégiée, soulignée avec force par la responsable, mérite d’être saluée : une approche « méthodologique, progressive, informative et sensibilisatrice », ayant délibérément écarté la logique répressive. En plaçant les institutions publiques, comme les services des registres du commerce, en démonstrateurs pilotes et en instaurant des mesures incitatives, l’État a construit un récit de confiance autour de l’e-commerce. Le message est clair : il s’agit d’un accompagnement vers une modernité bénéfique, et non d’une contrainte bureaucratique. La croissance « notable » enregistrée n’est donc pas une simple statistique. Elle traduit une évolution tangible des pratiques, tant du côté de l’offre que de la demande. Les consommateurs algériens, de plus en plus connectés et demandeurs de commodité, poussent naturellement ce mouvement. Les indicateurs des transactions commerciales en ligne en sont la preuve silencieuse mais robuste. Cependant, l’adhésion massive n’est qu’une première étape, certes fondamentale. Le véritable défi réside maintenant dans la consolidation, la sécurisation et la sophistication de cet écosystème naissant. C’est tout l’enjeu de la stratégie nationale du commerce électronique, actuellement en cours d’élaboration avec une pluralité d’acteurs – institutions, opérateurs économiques, associations – qui est à souligner. Cette démarche inclusive est cruciale pour garantir la pertinence et l’acceptabilité des futures mesures.

Les axes annoncés sont porteurs : actualisation du cadre législatif, développement de l’infrastructure monétaire, adaptation des formations universitaires et professionnelles. Ils pointent les véritables leviers d’une transformation durable. La sécurisation des transactions, évoquée en conclusion par Mme Zeknoune, et la prise en charge des coûts par l’État (via les articles 140 et 141 de la loi de finances 2025) sont des arguments de poids pour dissiper les dernières réticences, notamment concernant les terminaux de paiement électroniques (TPE) déclarés disponibles en quantité suffisante. L’absence de délai contraignant imposé aux commerçants, bien que pouvant être perçue comme un manque d’urgence, s’inscrit en réalité dans la cohérence de la philosophie adoptée : la persuasion par la démonstration de valeur. Elle évite un rejet frontal et laisse le temps à l’appropriation.