Wassila. B
Sous l’impulsion du Ministre des Transports, qui est également ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Saïd Sayoud, la réforme portuaire s’accélère. Face à un étouffement croissant de ses principaux hubs maritimes, l’Algérie a déclenché un plan d’urgence pour désengorger ses ports. Le gouvernement a officiellement réactivé une mesure forte : le déroutement des navires de commerce vers des installations moins saturées. Parallèlement, les gestionnaires portuaires lancent un appel solennel aux importateurs pour qu’ils viennent retirer leurs conteneurs, qui paralysent les terminaux.
Cet encombrement massif a des conséquences directes et coûteuses : les bateaux s’accumulent en rade, subissant des délais d’attente interminables. Cette situation génère des pénalités financières lourdes, les surestaries, payées en devises étrangères par les importateurs, alourdissant d’autant la facture des biens importés.
En première ligne, le ministère de l’Intérieur et des Transports a formellement ordonné à Serport, le gestionnaire public des ports, de mettre en œuvre sans délai le déroutement des navires. Cette instruction fait suite à une « situation alarmante » constatée sur le terrain.
Dans la foulée, les entreprises portuaires d’Alger, Annaba et Béjaïa ont multiplié les messages pressants sur les réseaux sociaux. Elles enjoignent transitaires, courtiers et importateurs à régulariser « sans délai » leur situation administrative et à procéder à l’enlèvement de leurs conteneurs. Pour faciliter les opérations, des ports comme Béjaïa et Annaba annoncent une mobilisation totale de leurs équipes, avec un service désormais assuré 24h/24 et 7j/7.
Cette congestion n’est pas un phénomène soudain. Les autorités pointent du doigt des retards chroniques dans la récupération des conteneurs par les opérateurs économiques. La récente grève des transporteurs routiers, du 1er au 11 janvier, n’a fait qu’aggraver une situation déjà tendue, bloquant la chaîne logistique de sortie des marchandises.
La mesure de déroutement s’inscrit dans un cadre stratégique plus large. Elle répond à une directive du Conseil des ministres du 2 juin 2024, qui avait fixé un objectif ambitieux : limiter l’attente des navires en rade à 24 heures maximum. Le président Tebboune lui-même avait exigé une refonte complète de la stratégie portuaire et l’instauration du travail continu dans les grands ports avant fin février 2025.
La note ministérielle précise que le déroutement ne se fera pas au hasard. Elle exige une prise en compte rigoureuse de la nature des marchandises (notamment sensibles ou dangereuses) et des capacités d’accueil des ports de redirection. Sont clairement exclus de cette mesure de régularisation les auteurs de crimes graves (meurtres, trafics de drogue ou d’armes) ou toute personne ayant collaboré avec des services étrangers contre les intérêts de l’Algérie.
Cette offensive générale traduit la volonté des pouvoirs publics de reprendre le contrôle d’une situation critique. L’enjeu est de taille : fluidifier le coeur névralgique de l’approvisionnement du pays, réduire des coûts de transport qui pèsent sur l’économie et retrouver un niveau de compétitivité indispensable.




