Djamila M.

L’Académie de l’Oranais pour les études scientifiques et l’interaction culturelle inaugure un projet inédit intitulé « Sirat Atheel». Souad Besnassi, présidente de l’Académie, professeur à l’Université d’Oran 1 et membre du Conseil supérieur de la langue arabe, en dévoile la portée : redonner toute sa place à la biographie scientifique et intellectuelle, non comme simple récit de vie, mais comme pierre angulaire de la mémoire culturelle.

Le projet entend transformer la biographie en un outil critique et réflexif, loin du style hagiographique ou purement descriptif. « Il ne s’agit pas de glorifier une personne, mais de lire son parcours intellectuel et humain dans le contexte social et culturel qui l’a façonné », explique Besnassi. L’initiative met ainsi en lumière le lien entre savoir et réalité, et le rôle de l’intellectuel dans la société contemporaine.

Déjà concrétisée l’an dernier avec la première monographie consacrée au Dr Abdelmalek Mortad, le projet a rassemblé des chercheurs de disciplines variées pour explorer ses contributions scientifiques, linguistiques et critiques. Cette publication a marqué le lancement d’une démarche méthodique et cumulative, destinée à se prolonger par une série d’ouvrages.

Chaque tome de la collection est dédié à une personnalité ayant profondément marqué son domaine, qu’il s’agisse de philosophie, sociologie, journalisme, médecine, linguistique, traduction ou critique postcoloniale. L’objectif : refléter la diversité des savoirs et l’ouverture du projet.

Parmi les figures mises en avant, Malek Bennabi est présenté à travers sa trajectoire intellectuelle et humaine, non seulement comme théoricien, mais comme penseur confronté aux crises de son temps et aux défis de la renaissance. La biographie du journaliste Bakhti Ben Ouada illustre le journalisme comme vocation éthique et engagement moral, tandis que les parcours de chercheurs tels que Saïd Ayadi et Mohamed Ben Brika soulignent l’implication sociale et la réflexion sur les valeurs.

Le projet s’étend aussi à une dimension internationale, avec la biographie de Frantz Fanon, croisant expérience psychiatrique et lutte de libération, incarnant l’intellectuel engagé. Il rend hommage à ceux qui ont contribué à la connaissance linguistique et à la traduction, comme Abdelrahman El Hadj Saleh et Mohamed Yehiyaten, réaffirmant le rôle central de la langue dans la souveraineté culturelle.

« Sirat Atheel» ambitionne de créer un dialogue entre passé et présent, en inspirant les nouvelles générations et en faisant de la connaissance un chemin de vie et d’engagement. Pour ses promoteurs, le projet constitue un acte de reconnaissance envers les esprits qui ont œuvré dans le silence et un effort déterminé pour protéger la mémoire scientifique et intellectuelle de l’oubli.