Wassila. B
La carte énergétique de l’Europe est en pleine recomposition, et dans ce nouveau paysage géostratégique, une nation du sud de la Méditerranée consolide sa position avec une détermination remarquable : l’Algérie. Loin des simples transactions commerciales, la relation gazière qui unit Alger à ses partenaires européens, en particulier l’Italie et l’Espagne, se transforme en un pilier fondamental de la sécurité énergétique continentale. Les derniers chiffres, révélateurs, témoignent d’une dynamique puissante : une hausse spectaculaire de plus de 50% des importations italiennes de gaz naturel liquéfié (GNL) algérien en 2025, tandis que l’Algérie confirme son statut de premier fournisseur de l’Espagne pour la troisième année consécutive.
Cette ascension n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une convergence d’intérêts stratégiques et d’une capacité d’adaptation. Pour l’Europe, traumatisée par les soubresauts géopolitiques récents et la recherche d’alternatives au gaz russe, l’Algérie incarne une alternative de proximité, fiable et compétitive. La relation dépasse désormais le simple cadre client-fournisseur. En Italie, l’approche est devenue duale : si les flux stables du gazoduc Transmed demeurent essentiels, l’explosion des livraisons de GNL, (47 cargaisons en 2025) illustre la volonté de Rome de diversifier ses canaux d’approvisionnement et de gagner en flexibilité face aux marchés volatils. L’Algérie comble ainsi intelligemment ce besoin, s’imposant comme le partenaire privilégié d’ENI et couvrant près d’un tiers des besoins italiens.
Au-delà des Pyrénées, le partenariat prend une dimension encore plus systémique. En fournissant environ 35% du GNL importé par l’Espagne, l’Algérie ne sécurise pas seulement les besoins ibériques, elle alimente le véritable hub méditerranéen que sont devenus les six terminaux de regazéification espagnols. Ces infrastructures, dont l’activité de réexportation et de ravitaillement de navires a bondi de 62% en 2025, permettent de redistribuer l’énergie algérienne vers d’autres marchés européens. L’Algérie devient ainsi, par procuration espagnole, un contributeur direct à la stabilité énergétique de l’Union européenne dans son ensemble.
Cette position enviable est le fruit d’une vision et d’investissements pérennes. La compagnie nationale Sonatrach, en s’appuyant sur des infrastructures éprouvées comme les gazoducs Medgaz et Transmed ou les usines de liquéfaction d’Arzew, a su saisir les opportunités du marché avec agilité. Mais l’ambition algérienne ne se limite pas à réagir aux conjonctures ; elle vise à les anticiper. L’objectif affiché de doubler la production pour atteindre 200 milliards de m³ par an, et les ouvertures exploratoires vers de nouveaux marchés comme l’Allemagne, démontrent une stratégie d’envergure. Il ne s’agit plus seulement d’exporter des hydrocarbures, mais de s’ancrer durablement comme un acteur structurel et incontournable du paysage énergétique européen.
Cette relation « gagnant-gagnant » repose sur une équation simple : l’Europe du Sud y trouve la sécurité et la prévisibilité dont elle a besoin pour sa transition et sa croissance économique, tandis que l’Algérie y puise un levier de développement et de diversification essentiel pour son avenir. Dans un monde en quête de stabilité, la proximité géographique, la complémentarité des infrastructures et la fiabilité des engagements font de l’Algérie bien plus qu’un fournisseur. Elle s’affirme comme un partenaire stratégique, dont le rôle central dans l’échiquier énergétique européen est désormais incontesté et appelé à croître.




