
Wassila. B
La visite, lundi dernier, du ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, à l’École nationale polytechnique d’El Harrach, n’était pas qu’un simple déplacement protocolaire. Elle fut une fenêtre grande ouverte sur une réalité en train de se cristalliser : l’université algérienne est en pleine mutation, passant du rôle traditionnel de transmission du savoir à celui, vital, de générateur actif de richesse et d’innovation. Au cœur de cette transformation, un triptyque gagnant se dessine : innovation, entrepreneuriat, et brevet d’invention. Le parcours du ministre à travers le centre de fabrication numérique, la Maison de l’Intelligence artificielle et l’incubateur d’entreprises symbolise cette nouvelle architecture. Ces structures ne sont pas des coquilles vides, mais des écosystèmes palpables où la théorie se confronte à la pratique, où l’idée germe, se prototype et vise le marché. L’exposition de brevets et de projets innovants, notamment dans le domaine de la santé, en est la preuve tangible. Elle démontre que la recherche algérienne n’est plus confinée aux revues académiques ; elle cherche à résoudre des problèmes concrets et à protéger sa propriété intellectuelle, premier pas vers une valorisation économique.
Les chiffres annoncés par M. Baddari parlent d’eux-mêmes : 21 micro-entreprises, 6 start-up et une entreprise filiale créées par les étudiants en une seule année universitaire. Ces statistiques ne sont pas anodines. Elles racontent une histoire de changement de mentalité, d’émancipation et de confiance. Elles signent la naissance d’une génération qui ne se contente plus de chercher un emploi, mais qui aspire à en créer. L’université devient ainsi ce creuset où l’étudiant-entrepreneur apprend à conjuguer l’excellence technique avec l’acuité commerciale, transformant son mémoire de fin d’études en business plan.
Cette dynamique ne s’est pas installée par hasard. Elle est le fruit d’une volonté politique claire, soulignée par le ministre, visant à faire de l’université une « locomotive du développement ». Le soutien institutionnel, à travers des incubateurs, des fonds d’amorçage et un cadre juridique incitatif, est le terreau indispensable. L’appel lancé aux étudiants pour « investir leurs capacités intellectuelles » dans l’entrepreneuriat prend tout son sens dans cet environnement. Il ne s’agit plus d’une option marginale, mais d’une voie valorisée et accompagnée, directement connectée aux priorités de développement national.
Le défi est maintenant de généraliser et d’amplifier ce modèle d’exemple. L’ENP montre la voie, mais l’enjeu est d’essaimer cette culture à l’ensemble du tissu universitaire, en adaptant les formations, en renforçant les liens avec le secteur socio-économique et en simplifiant encore les passerelles entre le laboratoire et l’usine. L’objectif est de créer une véritable économie de la connaissance, où chaque brevet déposé, chaque start-up lancée, contribue à réduire la dépendance aux hydrocarbures, à diversifier l’économie et à retenir les cerveaux sur le sol national.

