Gara Djebilet fascine la presse américaine

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Wassila. B

Lorsque le regard extérieur, particulièrement celui des observateurs et institutions les plus exigeants, se pose sur une nation, il en dit souvent plus long que les plus ferventes proclamations internes. Aujourd’hui, c’est depuis Washington que vient un éclairage saisissant sur la trajectoire de l’Algérie. Et le sujet de cette fascination n’est plus le pétrole ou le gaz, mais un « géant dormant » du sud-ouest algérien : Gara Djebilet.

Les analyses convergent, du Wall Street Journal à Bloomberg, en passant par l’influent US Geological Survey (USGS). Elles ne parlent plus d’un simple projet minier, mais d’un « changement de donne » géoéconomique. Leur constat est unanime : en reliant par une voie ferrée de près de 1000 km cette mine colossale, l’Algérie a accompli son « étape économique la plus audacieuse ». L’objectif ? Briser définitivement la « Oil Curse », cette « malédiction du pétrole » qui a longtemps conditionné et limité le développement national.

Le vocabulaire employé est révélateur. On ne parle plus de simple diversification, mais de « transformation ». « L’Algérie n’est plus seulement une station-service pour l’Europe », tranche Bloomberg. Elle devient un « géant minier émergent », un « acteur mondial émergent » sur le marché stratégique du fer et de l’acier. Pour Forbes, il s’agit même de « l’un des projets les plus ambitieux du continent pour le XXIe siècle ». Cette reconnaissance objective par les cercles économiques et médiatiques les plus influents est en elle-même un événement. Elle consacre une ambition longtemps jugée utopique et en valide la crédibilité à l’échelle internationale.

L’audace, soulignée par tous, réside dans la vision systémique du projet. Il ne s’agit pas seulement d’extraire du minerai, mais de construire un véritable écosystème industriel et logistique. La ligne Béchar-Tindouf est ainsi décrite comme « la colonne vertébrale de l’avenir de l’Algérie hors hydrocarbures » par Energy Capital & Power, et comme le « moteur principal qui transformera le Sahara en un pôle logistique continental ». Cette infrastructure est la clé technique, comme le note l’USGS, qui permet de transformer des « réserves » en « production réelle ». Elle est le vecteur de souveraineté qui positionne l’Algérie comme un « pôle industriel vital pour la Méditerranée et l’Afrique », selon Al-Monitor, capable de défier les chaînes d’approvisionnement traditionnelles. L’impact stratégique est clairement identifié : grâce à sa proximité géographique avec l’Europe, l’Algérie dispose d’un avantage concurrentiel majeur qui pourrait « évincer les fournisseurs traditionnels d’Amérique du Sud ». Le projet dépasse donc largement le cadre national pour redessiner des cartes commerciales régionales et s’inscrire dans la géopolitique des matières premières. Au-delà des chiffres et des investissements colossaux, c’est le saut qualitatif dans la perception internationale de l’Algérie qui est fondamental. Le pays est désormais vu, non plus seulement comme un réservoir d’hydrocarbures, mais comme une nation capable de planifier, d’exécuter et de réussir des mégaprojets structurants sur le très long terme. Gara Djebilet, à travers le prisme américain, apparaît comme le symbole tangible d’une volonté politique de redéfinition du modèle économique et d’affirmation d’une souveraineté industrielle.