Wassila. B
Ils sont discrets, mais ils avancent vite. Très vite. Alors que les projecteurs du salon Mechanica Algérie sont braqués sur les géants Stellantis et Chery, une entreprise de Béjaïa dessine en silence les routes commerciales de demain. VMS, spécialiste algérien du cycle et du motocycle, s’apprête à franchir le Rubicon : exporter vers l’Afrique des motos « made in Algeria ». Cette annonce, faite en marge du salon oranais, n’est pas une simple signature de contrat de plus. C’est la démonstration que l’industrie nationale n’est plus seulement une affaire d’assemblage, mais de conception et de souveraineté.
Fondée en 2014, VMS a opéré une mue stratégique en 2018. Finies les importations de pièces pour un simple montage. L’entreprise s’est réinventée en intégrant la fabrication. Aujourd’hui, ce sont quatre usines qui tournent à plein régime : une à Bouira pour les châssis, trois à Béjaïa dédiées aux scooters et motocycles. Ce n’est plus de l’assemblage, c’est de l’industrie lourde du deux-roues. Et cette transformation porte un nom : la valeur ajoutée locale. Mais le plus remarquable dans l’aventure VMS, c’est l’ambition continentale. « Nos motos serviront au transport, à la livraison et participeront à la création d’emploi », confie Zahir Boualit, responsable commercial. Derrière ces mots, c’est tout un écosystème qui se dessine. L’Afrique, continent jeune et urbain, a un besoin crucial de mobilité durable et abordable. Le deux-roues y est roi, vecteur de commerce informel et formel. Proposer une moto algérienne, robuste et adaptée aux réalités du terrain, c’est s’inscrire dans cette dynamique. C’est aussi, pour l’Algérie, changer de braquet : passer du statut d’importateur net à celui de fournisseur régional.
Ce faisant, VMS incarne une nouvelle génération d’entreprises algériennes. Des sociétés qui n’attendent pas les injonctions de l’État pour se mondialiser, mais qui construisent patiemment des réseaux de production et de distribution. Leur force ? Intégrer la maintenance et le service après-vente comme arguments de vente. À ce titre, la présence de Motrio, filiale de Renault Algérie, au même salon n’est pas anodine. Cette enseigne, forte de plus de 500 références en pièces détachées, annonce également son exportation vers l’Afrique. Le parallèle est frappant : que ce soit dans l’automobile ou le deux-roues, l’industrie algérienne apprend à conjuguer production et accompagnement client.
Bien sûr, tout reste à faire. Les défis logistiques, douaniers et concurrentiels sont immenses. Les géants asiatiques tiennent le marché africain du deux-roues d’une main de fer. Mais VMS possède un avantage que nul autre ne peut copier : son ancrage méditerranéen et sa compréhension des marchés du sud. L’entreprise ne vend pas seulement une machine, elle propose une solution de mobilité pensée par et pour des Africains. Mechanica Algérie aura donc été, cette année, plus qu’une vitrine. C’est le théâtre où s’écrit la mue d’une nation. Pendant que les feux des projecteurs éclairent les géants, des PME comme VMS tracent, dans leur sillage, les routes de la prospérité partagée. L’Afrique n’attend pas les sauveurs. Elle attend des partenaires. Et ces partenaires, aujourd’hui, portent les couleurs de l’Algérie.




