Sonatrach rassure les marchés mondiaux

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Wassila. B
C’est un double anniversaire qui en dit long sur le chemin parcouru. L’UGTA fête ses héros, la nationalisation des hydrocarbures rappelle un choix de souveraineté. Mais dans la même foulée, le patron de Sonatrach, Noureddine Daoudi, a choisi de ne pas regarder dans le rétroviseur. Il a dévoilé un plan. Un vrai. Celui qui dessine, chiffres à l’appui, ce que sera l’Algérie énergétique de 2030. Et le message porte loin. Très loin. D’abord, rassurer l’Europe. L’Europe cherche du gaz. Pas pour un an ou deux, mais pour la décennie. Depuis 2022, elle refait sa carte énergétique et regarde vers le sud de la Méditerranée. L’Algérie est sur le devant de la scène. Mais les intentions ne suffisent pas. Il faut des actes. Des milliards investis. Des puits forés. Des réserves prouvées. Avec 75 % de son enveloppe 2026-2030 consacrée à l’exploration-production, Sonatrach envoie un signal clair : « Nous serons là. Et nous tiendrons nos engagements. » 500 puits d’exploration, 950 puits de développement. Du jamais vu depuis des décennies. Pourquoi ? Parce que nos gisements vieillissent. Parce que nos bassins sont matures. Parce qu’il faut désormais aller chercher l’hydrocarbure plus profond, plus loin, plus cher. Investir massivement, ce n’est pas un luxe. C’est une question de survie économique. Les 17 découvertes de 2025 le prouvent : le potentiel est là. Reste à le concrétiser. 
Mais l’essentiel est ailleurs. L’essentiel, c’est que Sonatrach ne veut plus être seulement une compagnie qui extrait et qui vend. Elle veut transformer. Et là, c’est une révolution silencieuse qui s’annonce. Pendant des décennies, l’Algérie a exporté son pétrole brut et son gaz, pour importer ensuite de l’essence, du plastique, des produits raffinés. Daoudi l’a dit clairement : il faut sortir du « conventionnel » pour entrer dans l’ère de la « transformation ».
Les projets d’Arzew (complexe MTBE pour les additifs d’essence) ou de polypropylène ne sont pas de simples infrastructures. Ce sont les briques d’une stratégie de souveraineté industrielle. Transformer sur place, c’est créer de la valeur. C’est substituer les importations. C’est faire émerger tout un écosystème de PME, de sous-traitants, de fournisseurs. C’est, enfin, générer des emplois qui ne disparaîtront pas avec le prochain baril vendu. Et puis, il y a les autres Ceux avec qui on ne travaillait pas hier. Ou si peu. Le plan 2026-2030 prévoit que 26 % des investissements en exploration-production se feront en partenariat. Avec les majors. Avec les géants mondiaux. Ceux qui ont l’argent, la technologie, l’expérience des forages profonds et de la sismique 3D. Ceux qui peuvent partager les risques là où l’aventure coûte trop cher pour être menée seule. La loi 19-13 a ouvert cette voie. Le Bid Round 2024 l’a confirmée. Sonatrach ne s’isole plus. Elle s’ouvre, mais sans perdre la main. Elle négocie d’égal à égal. Elle reste maîtresse du jeu. C’est cela, la souveraineté moderne : non pas le repli, mais la capacité à attirer les meilleurs tout en gardant le contrôle.