
Wassila. B
Longtemps considéré comme un parent pauvre de l’industrie nationale, le secteur textile et cuir algérien semble enfin sortir de sa torpeur. L’annonce faite par le PDG du groupe public GETEX, Toufik Berkani, concernant des négociations avancées avec des marques internationales, n’est pas anodine. Elle marque un tournant stratégique : après des décennies de sous-exploitation et de concurrence déloyale, l’heure est à l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. En visant des contrats de sous-traitance selon les normes internationales, GETEX ne cherche pas simplement à remplir ses carnets de commandes. Il aspire à ancrer durablement le « Made in Algeria » dans l’écosystème mondial du prêt-à-porter et du cuir. Une ambition légitime, portée par une réalité : le groupe dispose déjà d’un savoir-faire reconnu et d’une main-d’œuvre qualifiée. Ce qui lui manquait, c’était ce pont vers les grandes enseignes internationales. Ce pont est en train de se construire. L’initiative s’inscrit parfaitement dans la politique des pouvoirs publics visant à créer un écosystème industriel intégré. Le précédent partenariat avec TAYAL avait montré la voie. Aujourd’hui, GETEX va plus loin en prospectant activement sur les marchés africains – Mauritanie, Tchad, Sénégal, Tunisie – et en participant régulièrement aux foires internationales. Cette ouverture vers le continent est une clé essentielle : l’Afrique est un marché porteur pour le textile, et l’Algérie a les moyens d’y occuper une place de choix.
Mais les défis restent immenses. Pour tenir ses promesses, GETEX doit poursuivre la réhabilitation de ses unités de production, moderniser ses outils et achever les projets en cours. L’étude d’une unité de fibres et fils en polyester (20 000 tonnes/an) est une excellente nouvelle pour réduire la dépendance aux importations. De même, la diversification vers les non-tissés à usage médical ou les tissus éponge montre une capacité d’adaptation louable.
Les résultats commerciaux parlent d’eux-mêmes : une hausse de plus de 60 % du chiffre d’affaires depuis 2021, et une progression de 20 % entre 2024 et 2025. Ce n’est pas un feu de paille. C’est la preuve que le groupe est entré dans un processus ascendant durable. L’annonce de sept nouvelles usines et de plus de 1 000 emplois, notamment dans le Sud (Adrar), renforce cette dynamique inclusive et territoriale.
Enfin, la tenue en juin prochain de la deuxième édition du défilé de mode est une initiative maligne. Elle ne se limite pas à un effet d’annonce : elle vise à lancer une véritable marque commerciale destinée au marché de consommation, tout en valorisant le savoir-faire national. C’est aussi une manière de reconnecter le public avec un secteur trop longtemps perçu comme obsolète.
Alors oui, l’optimisme est de mise. Mais il doit être armé de rigueur et de persévérance. Le textile algérien a rendez-vous avec son histoire. Les partenariats internationaux ne sont pas une fin en soi : ils sont un moyen de hisser le produit national au niveau des meilleurs standards. Si GETEX réussit ce pari, ce n’est pas seulement un groupe public qui gagne – c’est toute l’image industrielle de l’Algérie qui en sortira grandie. L’heure n’est plus à la simple relance. Elle est à la conquête.


