Djamila. M

Le Musée El-Moudjahid d’Oran, en partenariat avec la communauté universitaire, a commémoré ce samedi le 77e anniversaire de l’opération « Poste d’Oran » du 5 avril 1949. Cet événement, accueilli au musée en présence d’enseignants, chercheurs (universités d’Oran, Tiaret, Chlef), étudiants et passionnés d’histoire, a mis en lumière une opération qualitative décisive qui a ouvert la voie à la lutte armée contre la colonisation française.

Une table ronde nationale sur planification et legs stratégique

Organisée par le laboratoire des études maghrébines « les élites et la construction de l’État-nation » (université d’Oran 1), la Faculté des sciences humaines, le Musée du Moudjahid et la direction des Moudjahidine, la table ronde intitulée « Opération Poste d’Oran, 5 avril 1949 : Planification, exécution et implications dans la préparation de la lutte armée » a analysé cet épisode sous tous ses angles historiques et politiques.

Le directeur du musée, Mokhtar Seddiki, a rappelé que cette initiative obéit aux directives du ministère des Moudjahidine et des ayants droit, sous supervision de la wilaya. « Elle vise à raviver la mémoire nationale et à sensibiliser les jeunes générations aux étapes pivots de la Révolution algérienne« , a-t-il déclaré, notant l’intérêt croissant pour leur documentation.

Contexte et controverses : Relire l’événement avec de nouvelles archives

Rappel historique : en 1949, post-massacre du 8 mai 1945, un commando du PPA-MTLD attaqua la poste principale d’Oran, emportant 3 millions de francs et des armes. Premier acte armé majeur, il préfigura le déclanchement de la lutte de libération armée de 1954.

Le Dr Hamid Aït Habouche, directeur du laboratoire, a appelé à « épousseter mémoires personnelles et documents enfouis ». « Ces sources, inaccessibles dans les années 80-90, sont aujourd’hui disponibles pour une relecture objective« , a-t-il insisté. Il a plaidé pour l' »histoire événementielle« , analysant faits locaux dans leur cadre national, et nuancé la controverse : « Vol » pour la propagande coloniale, ou récupération patriotique ? « Les militants visaient des fonds ‘algériens’ au service de la cause. » Il a détaillé le parcours des armes : de Libye via Biskra et Batna vers des caches secrètes entretenues par les moudjahidine, prêtes pour 1954 – un rôle stratégique précurseur.

Témoignages et appels à l’engagement académique

Les interventions ont couvert préparation, exécution, impacts sur le mouvement national, soulignant l’organisation et la conscience des militants – transition de la lutte politique à l’armé, fruit d’années de planification.  Le Pr Kateb Karim, directeur du centre de formation continue d’Oran, a salué : « Une étape pivot fournissant ressources financières vitales dans un climat hostile. Elle reflète la détermination des militants. » Il a exhorté à plus de recherches : « Ces forums scientifiques ancrent la mémoire et éduquent la jeunesse ; encourageons les étudiants à étudier notre histoire. »

Le Dr Aït Habouche a invité la communauté académique : « Engagez-vous pour documenter la mémoire nationale. L’université réécrit notre histoire avec rigueur. »

Les participants ont unanimement affirmé : l’opération est une « brique fondatrice » de la Révolution, méritant documentation accrue pour ses leçons d’organisation clandestine et de sacrifice. Les organisateurs insistent sur la poursuite de ces initiatives pour préserver l’identité algérienne et transmettre les témoignages des moudjahidine. Oran s’affirme ainsi comme vivier de mémoire historique, aligné sur les priorités nationales.