L’investissement entre dans une nouvelle ère

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Wassila. B

Pendant des décennies, l’investissement en Algérie s’est heurté à un mur invisible mais solide : celui de la lourdeur administrative, de la lenteur des décisions et d’un rapport de défiance entre l’investisseur et l’administration. Ce temps semble désormais révolu. Sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, et malgré une conjoncture mondiale chahutée par les crises géopolitiques, le pays a engagé une transformation silencieuse mais profonde de son climat des affaires. Les trois récents décrets exécutifs ne sont pas des ajustements techniques. Ils constituent une rupture méthodologique. Le premier d’entre eux, relatif à la réorganisation de l’Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI), acte un principe révolutionnaire pour l’administration algérienne : le guichet unique ne sera plus un simple guichet de dépôt. Désormais, les représentants des impôts, des douanes, des domaines, de l’urbanisme, de la protection civile, de l’énergie ou encore des banques y disposent d’un pouvoir de décision direct. Finis les allers-retours interminables entre les directions centrales. L’investisseur obtient son permis de construire, son autorisation d’exploitation ou son registre de commerce en un seul lieu, sous quinze jours.

Le deuxième décret encadre le foncier économique, cette matière si sensible et si souvent source d’opacité. L’AAPI devient maître d’œuvre d’une attribution transparente, fondée sur des critères objectifs – notation du projet, intégration économique, impact régional. Le troisième décret, enfin, confie à l’AAPI le secrétariat général du Conseil national de l’investissement, garantissant un suivi rigoureux des décisions stratégiques.

Résultat : à la mi-mai, près de 20 000 projets d’investissement, dont 350 étrangers, ont été enregistrés. Ce n’est pas un effet d’annonce, c’est une dynamique. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a résolu l’ambition en une phrase : faire de l’AAPI « l’unique interlocuteur effectif et pleinement opérationnel pour l’investisseur ». Cela signifie la fin de la dispersion des responsabilités, des silos administratifs, de cette défiance chronique qui éloignait les capitaux.

Reste une condition indispensable pour que cette transformation porte tous ses fruits : la confiance. Les décrets existent, encore faut-il que les agents sur le terrain soient formés, outillés, et qu’aucune pratique ancienne ne vienne entraver l’esprit de la réforme. L’Algérie a ouvert une porte. Aux acteurs publics et privés de la franchir ensemble. Cette refonte ne se limite pas à une modernisation technique. Elle incarne un nouveau contrat moral entre l’État et l’entrepreneur, où ce dernier cesse d’être un suppliant pour devenir un partenaire. En imposant des délais aux administrations, l’Algérie envoie un signal clair aux investisseurs nationaux et internationaux : la règle prime désormais sur l’exception, la transparence sur l’intermédiation opaque. C’est cette prévisibilité, plus que toute incitation fiscale, qui manquait cruellement au paysage algérien de l’investissement.