Wassila. B

Le secteur forestier algérien est engagé dans une métamorphose stratégique, visant à construire une véritable économie forestière. Cette nouvelle approche se fonde sur la valorisation des ressources naturelles et des services écosystémiques, dans un équilibre entre développement économique et préservation écologique.

La démarche concrète se traduit par l’ouverture contrôlée du domaine forestier national à l’investissement et à l’initiative locale. Dans le cadre d’un dispositif juridique bien défini, des périmètres peuvent être octroyés aux populations riveraines pour la mise en valeur des terres, tandis que des sites sont aménagés pour la recréation, la détente et l’écotourisme. Cette politique a pour but de densifier le couvert végétal et de générer des emplois stables au cœur des territoires.

La loi offre ainsi la possibilité à diverses couches de la société d’exploiter durablement les forêts. De nouveaux périmètres à vocation agricole sont notamment ouverts aux investisseurs et riverains pour développer des cultures résistantes comme l’amandier, le pistachier, le caroubier ou l’olivier. L’objectif est clair : renforcer la verdure du pays, accroître la production nationale de ces produits de qualité, améliorer les revenus des communautés locales et créer des débouchés professionnels.

Les opportunités d’investissement privé sont volontairement diversifiées pour attirer des porteurs de projets. Elles s’étendent de la création de sites écotouristiques et de loisirs à l’apiculture, l’aviculture ou l’agroforesterie. L’innovation est également encouragée, par exemple à travers l’utilisation de drones pour la surveillance des massifs, en partenariat avec des start-ups locales.

Cette ouverture s’accompagne naturellement d’un cadre financier précis. Comme le stipule la loi de finances 2026, toute exploitation ou usage du domaine public forestier est soumis au paiement de redevances. Les tarifs, désormais fixés, varient selon la nature et la localisation des activités. Pour l’aménagement de forêts à des fins récréatives, les montants s’échelonnent par exemple de 60 000 à 150 000 dinars par hectare et par an, selon que la forêt est aménagée ou non et située en zone urbaine. Les activités d’écotourisme ou l’installation de kiosques commerciaux font également l’objet d’une grille tarifaire détaillée, calibrée en fonction de l’intensité de l’activité sur la zone concernée.

Cette stratégie de valorisation active s’appuie sur un secteur déjà productif. En 2024, les revenus issus de la vente des produits forestiers ont franchi le cap du milliard de dinars, selon la Direction générale des forêts. L’exploitation du bois a constitué la principale source de revenus, suivie de la récolte du liège.

Cette dynamique économique s’inscrit dans une vision plus large de résilience et de souveraineté. Face aux défis du changement climatique et de la préservation de la biodiversité, la politique forestière algérienne cherche également à renforcer la fonction protectrice des forêts. Les projets de reboisement et de développement d’essences résilientes contribuent à lutter contre la désertification et à sécuriser les ressources en eau, tout en créant des « ceintures vertes » vitales pour les écosystèmes et les communautés agricoles avoisinantes. Ainsi, la forêt est appelée à jouer un rôle central non seulement comme moteur de développement local, mais aussi comme bouclier écologique pour les générations futures.

Pour les autorités, ce bilan n’est qu’un point de départ. Elles estiment que la forêt algérienne recèle un potentiel bien plus vaste, qui, s’il est correctement et durablement valorisé, pourrait contribuer de manière bien plus substantielle au développement économique local et national, tout en assurant des revenus accrus aux populations qui en sont les gardiennes naturelles.