Wassila. B

Devant le Conseil de la Nation, hier, le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, a cherché à dissiper les craintes suscitées par le projet de loi portant nouveau code de la route, déjà adopté par l’Assemblée populaire nationale. Face aux critiques sur un durcissement jugé excessif des sanctions, le Garde des sceaux a défendu un texte qu’il présente comme un instrument de « protection des vies humaines » et non de répression aveugle.

« Ce texte vise avant tout à protéger les vies humaines », a-t-il martelé, en réponse aux inquiétudes sur l’aggravation des peines pouvant aller jusqu’à 7 ou 10 ans de prison. Il a précisé que ces sanctions renforcées ne s’appliqueraient qu’à des situations extrêmes et délibérément dangereuses : conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, usage de documents falsifiés (permis, contrôle technique) ou circulation avec un véhicule déclaré inapte malgré une interdiction administrative.

Le ministre a rappelé que chaque affaire serait traitée au cas par cas par le juge, qui disposera d’une pleine marge d’appréciation. « La justice ne fonctionne pas par automatismes punitifs », a-t-il assuré, insistant sur le caractère individualisé de l’examen judiciaire.

Cette réforme s’inscrit, selon lui, dans une « urgence humanitaire ». Il a rappelé le bilan dramatique de l’année 2025 sur les routes algériennes : des centaines de morts et des milliers de blessés graves, souvent conduisant à un handicap permanent. « Derrière chaque chiffre, il y a une famille brisée », a-t-il déploré, soulignant que le législateur ne pouvait rester indifférent face à une telle « hécatombe ».

Pour illustrer la nécessité d’une réponse ferme, Lotfi Boudjemaa a cité l’exemple de l’accident d’Oued El Harrach, où un bus aux freins défectueux et muni d’un faux contrôle technique avait fait 18 morts. « Est-ce acceptable ? », a-t-il interrogé, défendant l’idée que de tels agissements relèvent d’une « négligence criminelle consciente » qui doit être sanctionnée avec rigueur.

Enfin, le ministre a rejeté toute analogie avec une justice répressive arbitraire. Il a expliqué que même en cas de faute de la victime, un conducteur pourrait être relaxé sur le plan pénal, sa responsabilité civile relevant alors du domaine de l’assurance. « Son objectif n’est pas la répression, mais la prévention. Nous ne punissons pas l’erreur, mais la faute grave et consciente qui met délibérément en danger la vie d’autrui », a-t-il conclu, appelant à voir dans ce code un outil de protection collective plutôt qu’une menace pour les conducteurs responsables.