La révolution automobile est en marche

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Wassila. B

Le pari est gagné. Ce mardi 13 janvier, une simple déclaration de Samir Cherfan, patron de Stellantis pour l’Afrique et le Moyen-Orient, a changé la donne : Opel, l’emblème allemand au Blitz dans l’ovale, va construire une usine en Algérie. Exit l’époque du simple import ; l’Algérie entre désormais dans le cercle très fermé des pays producteurs pour la marque.

Cette décision, scellée à Alger avec Florian Huettl, le PDG d’Opel, n’est pas un coup de tête. C’est la suite logique de deux ans de présence commerciale réussie et, surtout, la confirmation d’une tendance de fond. Avec Fiat déjà à l’œuvre depuis fin 2023 à Oran, Opel devient le deuxième soldat de l’empire Stellantis à planter son drapeau industriel en terre algérienne. L’objectif ? Produire ici, avec la rigueur allemande, pour les clients d’ici et de toute la région.

Mais regardons plus loin. L’annonce d’Opel n’est pas un coup de projecteur isolé. Elle illumine toute une scène en pleine effervescence. À quelques centaines de kilomètres, d’autres géants sont à l’œuvre. Les Chinois sont aux avant-postes : JAC monte son usine à Aïn Témouchent, Chery prépare les siens à Bordj Bou Arréridj, et Geely rôde dans les starting-blocks. Chaque jour, un nouveau chantier émerge, transformant le paysage en un immense atelier à ciel ouvert. C’est cette dynamique collective qui est révolutionnaire. Nous ne parlons plus d’une usine, mais d’un véritable écosystème en construction. La philosophie de Stellantis, « fabriquer dans la région, pour la région », rencontre la volonté algérienne de créer une filière intégrée, avec ses emplois, ses sous-traitants et son transfert de technologie.

Cependant, la vraie mesure du succès ne se lira pas uniquement sur les chaînes de montage. Elle se lira dans le savoir-faire acquis par des milliers d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs algériens, formés aux standards internationaux. Elle se mesurera à la vitalité d’un réseau de sous-traitants locaux qui émergera autour de ces géants, créant une cascade d’emplois et d’innovations. Cette révolution est avant tout un projet de société : elle vise à ancrer une culture industrielle durable, où la fierté du « made in Algeria » sera portée par une main-d’œuvre qualifiée et des compétences reconnues, redessinant ainsi non seulement l’économie, mais aussi le futur professionnel de toute une génération.

L’enjeu a basculé. Il ne s’agit plus seulement de répondre à la demande du marché local, mais bien de préparer l’après. En devenant une plateforme de production crédible et compétitive, l’Algérie se positionne pour tourner son regard vers l’extérieur. Les routes d’Afrique et du Moyen-Orient s’ouvrent comme des débouchés naturels pour les véhicules qui porteront bientôt le label « Fièrement produit en Algérie ».

L’arrivée d’Opel est donc un signal fort, bien plus qu’économique : c’est un signal de crédibilité. C’est la preuve que le pays a su convaincre les plus exigeants. La rencontre entre l’ingénierie germanique et le potentiel algérien est désormais programmée. La course est lancée, et cette fois, l’Algérie n’est pas au milieu du peloton. Elle est en train de se construire un moteur pour le mener.