Wassila. B

Le paysage politique algérien s’apprête à vivre une mutation profonde. Après son passage en Conseil des ministres, le projet de loi organique relatif aux partis politiques est désormais entre les mains de la commission des affaires juridiques de l’Assemblée Populaire Nationale (APN). Ce texte, fort de quelque 95 articles, ne se contente pas de dépoussiérer la loi 12-04 en vigueur depuis une décennie ; il ambitionne de moraliser et de rationaliser l’exercice partisan. Voici les axes majeurs de cette réforme qui dessinent les contours de l’Algérie de demain. C’est l’une des avancées les plus symboliques du texte. En alignement avec l’esprit de la Constitution, le projet de loi opte pour une limitation du nombre de mandats des dirigeants de partis. Qu’il s’agisse du président, du secrétaire général ou des instances de direction, l’alternance devient une règle légale et non plus une simple option interne. Cette mesure vise directement à briser les inerties et à favoriser l’émergence d’une nouvelle garde politique.

Le texte place la transparence financière au cœur de la survie des partis. En instaurant des mécanismes rigoureux de contrôle du financement, l’État entend éradiquer les circuits occultes et le financement illégal. Désormais, la reddition de comptes n’est plus une formalité administrative, mais une obligation de transparence absolue. L’objectif est clair : sanctuariser la décision politique face aux influences des lobbies financiers.

Le phénomène du « nomadisme », qui voit des élus changer de couleur politique au gré des opportunités, est dans le viseur du législateur. Si l’interdiction était déjà de mise pour les parlementaires, de fortes pressions s’exercent pour l’étendre aux élus locaux (APC). Il s’agit de restaurer la valeur du suffrage universel et de respecter l’engagement pris devant l’électeur.

Pour exister légalement à l’échelle nationale, un parti devra désormais prouver sa représentativité réelle sur le terrain. Le projet impose une présence effective dans au moins la moitié des wilayas du pays (soit environ 35 wilayas sur les 69 actuelles). Cette disposition vise à mettre fin aux « partis de salon » ou aux formations n’existant que par leur siège à Alger, garantissant ainsi un débat politique qui irrigue l’ensemble du territoire.

Enfin, le projet de loi introduit une clause de performance électorale. Le silence ou le boycott systématique ne sera plus sans conséquence : un parti qui s’abstient de participer à deux ou trois échéances électorales consécutives s’expose à une dissolution juridique. Le message envoyé par l’exécutif est limpide : un parti politique est une institution constitutionnelle dont la vocation est de contribuer à la gestion des affaires publiques par les urnes, et non de rester dans une léthargie permanente.

En conclusion, ce projet de loi, enrichi par les propositions des formations politiques et soutenu par la volonté du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, marque une volonté d’assainissement radical. Entre exigence de transparence et impératif de représentativité, il s’agit de transformer les partis en véritables laboratoires d’idées, aptes à porter les aspirations des citoyens dans un cadre légal rénové.