Meriem B 

Le plaidoyer lancé depuis Oran pour la création d’une plateforme régionale de biologie moléculaire destinée au diagnostic des maladies rares et métaboliques a dominé les travaux des 4es Journées internationales et 3es Journées nationales de biochimie, organisées jeudi au Centre hospitalo-universitaire d’Oran. Experts algériens et étrangers ont unanimement insisté sur l’urgence de renforcer les capacités nationales de dépistage précoce et de prise en charge spécialisée face à des pathologies qui toucheraient près de deux millions d’Algériens.

Accueillie à l’amphithéâtre pédagogique « Mohamed Gharbi », cette rencontre scientifique de haut niveau s’est tenue sous l’égide du directeur général du CHU d’Oran, le Pr Achouri Madjid, en présence de spécialistes venus de plusieurs régions du pays ainsi que de France et de Chine. Au cœur des débats : les maladies héréditaires du métabolisme, les pathologies endocriniennes et les avancées technologiques de la biologie médicale.

Chef du service de biochimie du CHU d’Oran et présidente du comité scientifique, le Pr Saadi Ouslim a mis en avant la nécessité de doter l’Ouest du pays d’une plateforme de biologie moléculaire capable d’assurer un diagnostic rapide et fiable des maladies métaboliques et génétiques rares. « À Alger, il existe déjà une plateforme performante. Nous souhaitons aujourd’hui développer une structure similaire à Oran afin d’améliorer la prise en charge des patients de toute la région ouest », a-t-elle déclaré.

La spécialiste a rappelé que les maladies rares et métaboliques concernent entre 4 et 5 % de la population algérienne, soit près de deux millions de personnes. Elle a particulièrement insisté sur les conséquences dramatiques de l’errance diagnostique pour les familles, notamment lorsqu’il s’agit de nourrissons atteints de pathologies héréditaires sévères. « Dans certains cas, un diagnostic précoce peut sauver un enfant, éviter un handicap lourd et améliorer considérablement sa qualité de vie », a-t-elle souligné.

Le Pr Saadi Ouslim a également mis en avant l’importance de ces journées scientifiques dans le partage d’expériences et le transfert de connaissances entre spécialistes nationaux et internationaux. Plusieurs communications ont ainsi porté sur les nouvelles techniques diagnostiques, notamment la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS), aujourd’hui considérée comme un outil de référence dans le dépistage des maladies métaboliques rares.

Vers un transfert d’expertise avec le CHU de Bordeaux

Parmi les interventions marquantes figure celle de Samir Mesli, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux, spécialisé dans les maladies héréditaires du métabolisme et le dépistage néonatal. Le spécialiste a affiché sa volonté de développer des collaborations scientifiques avec les biochimistes du CHU d’Oran afin de mettre en place, à terme, une unité de diagnostic et de dépistage dédiée à ces pathologies rares.

Fort de son expérience en France, où treize maladies métaboliques sont systématiquement dépistées dès la naissance, Samir Mesli a insisté sur la nécessité de transférer l’expertise acquise à l’étranger vers les équipes algériennes. Selon lui, le développement d’une telle activité nécessite des équipements de pointe, mais aussi la formation de biologistes, pédiatres, internistes et diététiciens appelés à travailler en réseau autour du patient.

Le spécialiste a estimé que l’élaboration en cours d’un Plan national des maladies rares en Algérie constitue « un signal encourageant » pour le développement futur de ces structures spécialisées. Il a également plaidé pour une meilleure organisation du parcours de soins afin d’assurer un suivi multidisciplinaire des patients atteints de maladies métaboliques héréditaires.

Un enjeu majeur de santé publique

Membre du comité national des maladies rares auprès du ministère de la Santé, le Pr Mohamed Makrelouf, l’ex-chef de service du laboratoire central du CHU Bab El Oued, directeur de laboratoire de recherche et aussi membre, au niveau du Ministère de la Santé, du comité des maladies rares au niveau national a rappelé que l’Algérie œuvre actuellement à la mise en place d’un plan national dédié à ces pathologies. Il a salué la qualité scientifique des travaux présentés lors de cette rencontre, qualifiant ces journées de « véritable espace de formation continue ».

Même constat du côté du Dr Chachou Abdelhalim, président de l’Association nationale des laboratoires d’analyses médicales (ALAM), qui a souligné le rôle stratégique de la biologie médicale dans le parcours thérapeutique des patients. Selon lui, près de 70 % des décisions médicales reposent aujourd’hui sur les résultats biologiques.

Pour sa part, le Pr Bennaïdi Messaoudene, chef du laboratoire central de l’EHS Ben Aknoun et directeur d’un laboratoire de recherche sur les maladies métaboliques et génétiques graves, a mis en avant les avancées enregistrées dans la prise en charge nationale des maladies rares. Il a révélé que la liste des pathologies prises en charge par le ministère de la Santé est passée de 28 à 129 maladies, témoignant d’une évolution notable dans ce domaine.

Au-delà des échanges scientifiques, cette manifestation a surtout mis en lumière la nécessité d’investir davantage dans les plateformes technologiques, le diagnostic moléculaire et la formation spécialisée afin d’améliorer durablement la prise en charge des maladies rares en Algérie.