Wassila. B
Il y a des vérités qu’il faut parfois redire avec force pour qu’elles soient entendues. Celle que rappelle Benjamin Stora en fait partie : la France a intérêt à s’entendre avec l’Algérie, non par fatalité, mais par évidence historique, géographique et humaine. L’historien français, fin connaisseur des relations complexes entre les deux rives de la Méditerranée, a rappelé sur la chaîne algérienne AL24news ce lien indéfectible que ni les blessures du passé ni les crispations du présent ne sauraient effacer. Depuis 1962, le dialogue entre Alger et Paris alterne entre rapprochements prometteurs et refroidissements soudains. Les crises, souvent politiques, trouvent leurs racines dans une histoire non apaisée, dans un passé que la France peine encore à regarder en face. C’est précisément ce que Stora appelle à dépasser : accepter ce qu’est l’Algérie, dans sa souveraineté, dans son nationalisme, dans sa trajectoire propre. Tant que cette reconnaissance pleine et entière ne sera pas acquise, les relations bilatérales resteront fragiles, prisonnières des malentendus et des non-dits. L’historien, fidèle à ses convictions, plaide pour une patiente reconstruction des ponts entre les deux pays. Il voit dans le travail conjoint sur la mémoire, notamment à travers la Commission mixte algéro-française sur l’Histoire et la Mémoire, initiée par le président Tebboune, un moyen d’avancer vers une compréhension partagée du passé. Mais il déplore que ce travail ait été “percuté par la politique”, entravé par les calculs de circonstances et les tensions diplomatiques. Benjamin Stora rappelle avec franchise ce que beaucoup préfèrent taire : l’occupation française de l’Algérie a été une entreprise de dépossession, de spoliation et de violence. “Des crimes contre l’humanité”, dit-il sans détour, en soulignant qu’ils restent absents des manuels scolaires français. Cette occultation, selon lui, continue de nourrir l’incompréhension entre les deux peuples. Réhabiliter cette histoire, l’ouvrir aux chercheurs, la rendre accessible, ce n’est pas raviver les blessures, mais offrir la possibilité d’une guérison collective. L’historien exprime également son inquiétude face à la montée de l’extrême droite en France. Si cette dernière accédait au pouvoir, elle pourrait, craint-il, remettre en cause les quelques avancées réalisées en matière de reconnaissance historique et de transparence sur les archives. D’où son appel à “sanctuariser” les acquis, pour préserver le travail entamé et empêcher qu’il ne soit détricoté par le vent mauvais du révisionnisme. Mais tout n’est pas sombre. Stora relève, non sans espoir, la mobilisation croissante des jeunes générations des deux rives. Dans les lycées, les universités, les médias, un intérêt nouveau émerge pour comprendre cette histoire partagée. En Algérie comme en France, de nombreux intellectuels, journalistes et enseignants s’efforcent d’empêcher l’effacement du passé. Ce frémissement de conscience collective pourrait bien être la clé d’un avenir apaisé. Reconnaître la vérité par la France, c’est déjà un premier pas vers la réconciliation. Et peut-être, enfin, vers un dialogue entre égaux, lucide et respectueux, que des générations attendent des deux côtés de la Méditerranée.





















