Mourad H.
L’événement marquant du début de l’année 2022 sera incontestablement la tenue du Salon international du livre d’Alger (SILA) après son annulation pour cause de la pandémie du coronavirus. Cette 25ème édition, prévue du 6 au 15 janvier, constituera comme toujours une source de frustration et de dépit pour de milliers d’adeptes de belles pages de la région de l’ouest du pays qui n’auront pas l’opportunité – ou ne pourront pas pour diverses raisons – se déplacer à Alger pour découvrir les dernières sorties en matière livresque, acquérir des ouvrages difficiles à dénicher ailleurs, aller à la rencontre des auteurs présents sur place et prendre part aux débats, suivre les conférences programmées ou tout simplement « baigner » dans une atmosphère et ambiance culturelles faisant défaut à longueur d’année. Inévitablement, une question récurrente revient sur toutes les lèvres : « Un salon international du livre, pourquoi pas à Oran ? ». Cette interrogation, toute somme légitime voire simple, reflète le vœu de la population de la capitale de l’ouest du pays de voir leur cité, ses auteurs, penseurs, ses intellectuels, ses hommes de culture briller de mille feux, le temps d’un salon du livre digne de ce nom.
Dans le passé, Oran a abrité des salons – en fait des expositions transformées en souk – du livre, organisés par des professionnels et des éditeurs nationaux. L’impact n’a pas été à la hauteur des attentes. Même les lieux retenus, la bibliothèque de la place Kahina ou encore le palais des expositions de M’dina Jedida véritables antres des pigeons – étaient loin d’être les mieux indiqués pour un tel événement.
Les organisateurs de ces expositions se contentaient de mettre à la disposition des exposants des espaces pour proposer pratiquement les mêmes titres, généralement des annales et des ouvrages parascolaires que l’on retrouve dans toutes les librairies, des ouvrages de cuisine ou des livres religieux.
Aucun auteur, aucun invité-surprise ne vient animer les lieux ni donner une « saveur » particulière aux lieux. Les rares libraires d’Oran, de Mostaganem, de Tlemcen ou d’autres contrées de l’ouest qui se comptent sur les doigts d’une main, se trouvent contraints de se déplacer jusqu’aux Pins Maritimes d’Alger, où se tient le SILA, pour acquérir quelques titres à proposer plus tard à leurs clients les plus assidus.
Fureur de lire
Rêvons d’un Salon international du livre d’Oran. Pourquoi pas ? La capitale de l’ouest dispose de tous les atouts pour réussir un tel événement. Un immense centre des conventions (CCO) peut être le lieu le plus adéquat pour abriter un salon de cette envergure. Ce centre et les autres dépendances du « Méridien » ont abrité, dans le passé, des événements de très haute facture dans le passé créant des véritables moments mémorables à marquer d’une pierre blanche. Ces mêmes lieux sont proposés pour accueillir certaines disciplines sportives programmées, l’été prochain, lors des Jeux Méditerranéens. C’est dire qu’ils conviennent à toutes sortes d’événements. A ceux qui avancent que le livre ne fait plus recette face aux nouveaux médias et à la place de plus en plus prépondérante qu’occupent les TIC dans la vie quotidienne, ce genre de salons peuvent démontrer qu’un lectorat très exigeant existe bel et bien à Oran et dans toutes les régions du pays. Le marché du livre d’occasion est en plein essor : le cas du jeune bouquiniste Salim, qui tient la boutique « Le livre de sable », au début de la rue Max Marchand, au centre-ville d’Oran est éloquent sur cette « fureur de lire ». Les offres d’achat et de vente d’ouvrages sur les réseaux sociaux, la multiplication de clubs, d’associations encourageant la lecture et les débats sur le livre sont autant de « preuves » que le livre a de l’avenir. Les tablettes et les liseuses très en vogue ne peuvent remplacer le plaisir de tenir un ouvrage entre ses mains, de le feuilleter, de le sentir et de vivre ses intrigues et ses émotions. Oran aura la chance et l’opportunité d’organiser la 19ème édition des J.M. Un rendez-vous qui réunira les athlètes venus des contrées du pourtour méditerranéen. Et pourquoi pas celui des éditeurs, des écrivains et du livre de certains pays ayant une forte tradition dans le domaine de l’édition ? Une occasion de joindre l’utile à l’agréable. Les autorités nationales et locales comptent saisir cette fête sportive pour promouvoir la culture, le tourisme, les arts, le patrimoine matériel et immatériel du pays et la faire découvrir à l’étranger. Un salon international du livre peut être également un espace de dialogue, d’échanges, d’ouverture d’esprit, un jalon et une passerelle devant rapprocher les peuples dans un climat sain, convivial et enrichissant. Les responsables concernés pensent sérieusement à cette question et s’attèlent d’ores et déjà à le concrétiser. Il suffit de faire un premier pas dans ce sens.


















