M. Hamouche
L’annonce « For Sale » (A vendre) accolée sur la devanture de l’incontournable libraire « El Mamoune », sur le front de mer d’Oran, a plongé les passants et les habitués de ce lieu culturel dans la stupeur et l’indignation. Une autre librairie va fermer ses portes au centre-ville d’Oran, le cœur battant de la capitale de l’Ouest qui a montré tout le dynamisme et l’enthousiasme de ses habitants lors des derniers jeux méditerranéens. Cette mauvaise nouvelle vient quelques mois après le baisser de rideau de la librairie Abdelkader Alloula, donnant sur le prestigieux boulevard de la Soummam. Le souvenir de la petite boutique de Ben Smaïl, ouverte depuis des années à quelques enjambées de la cinémathèque et véritable lieu de rencontres et de convergence des universitaires et intellectuels de la ville, est resté vivace dans les mémoires des Oranais. Aujourd’hui, ce lieu est devenu un point de vente de produits et d’accessoires pour femme. Quel sort attend la librairie « El Mamoune » se demandent les habitués des lieux et les férus de livres ? Depuis la publication d’une photo de la fameuse devanture et les commentaires qui se sont suivis, les réseaux sociaux se sont enflammés pour exprimer la crainte de la population de voir le boulevard du Front de mer se transformer en « Oran-mange-tout », où restaurants, pizzerias, crèmeries et autres locaux de bouffe se suivent et se ressemblent. La dynamique association « Bel Horizon » estime, sur sa page Facebook » que « la vente et le déménagement de la librairie vers Belgaïd (à proximité de l’université) va accentuer la désertification culturelle du centre-ville. C’est de mauvais augure. Plus qu’une vente machinale de livres, cette librairie est un repère urbain et quel repère pour les « Ya hasra » la culture ». Un internaute a commenté cette publication en écrivant « Quelle tristesse… encore une librairie du centre-ville qui ferme ses portes. Et une librairie vivante. On veut nous transformer encore un peu plus en tube digestif ? ». Selon les informations fournies par le propriétaire des lieux, la librairie va s’installer ailleurs, à Haï Belgaïd, à proximité de l’université. Est-ce le bon choix ? Les appréhensions sont nombreuses : l’isolement risque de tuer dans l’œuf tout projet d’implantation d’un lieu culturel. Haï Belgaïd, gigantesque cité dortoir, ressemble à tous les sites d’habitation d’Oran dépourvus d’infrastructures culturelles, artistiques et de loisirs en général. L’existence d’une université n’est pas en soi un indice révélant un certain dynamisme culturel. C’est connu, les étudiants et la génération actuelle ne lisent pas ou ne lisent que peu. Leur relation avec le livre, les belles lettres, n’est faite que par nécessité pour « copier-coller » des passages entiers pour les besoins de leurs mémoires ou de leurs exposés ou pour préparer un tant soi peu les examens de fin d’année. A Oran, comme ailleurs, les férus du livre ne trouvent leur compte et leur bonheur qu’auprès des rares bouquinistes, qui vaille que vaille, tentent d’entretenir cette flamme et la rage de lire chez quelques nostalgiques du temps passé. Et c’est dommage….

















