Nouveau réchauffement des relations entre l’Algérie et la France 

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Wassila. B

Les gestes diplomatiques se succèdent, et ils ne sont plus anodins. Trois mois après la visite discrète du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger, Emmanuel Macron accélère la cadence. L’ambassadeur Stéphane Romatet, qui se trouvait à Paris depuis avril 2025 après une crise inédite, a repris ses fonctions à Alger. Date hautement symbolique : l’Algérie commémore les massacres du 8 mai 1945, où 45 000 civils furent fauchés à Guelma, Sétif et Kherrata. Á son retour, il « tait accompagné d’Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et proche du chef de l’État français, chargée de porter une nouvelle initiative présidentielle pour relancer la relation bilatérale. Ce rappel, en apparence technique, met fin à une crise. Le 15 avril 2025, Alger avait riposté à l’arrestation d’un agent consulaire algérien en France par l’expulsion de douze agents diplomatiques français. L’origine de la crise plonge plus loin : juillet 2024, quand Macron reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, provoquant le retrait immédiat de l’ambassadeur algérien à Paris. Depuis, la représentation algérienne en France est sans tête.

À un an de la fin de son second mandat, Macron ne cache plus son souhait : « sécuriser » la relation avec Alger avant 2027. Il redoute surtout l’arrivée à l’Élysée de ceux qu’il a lui-même qualifiés de « mabouls », les fous furieux d’une rupture avec l’Algérie, comme les appelle-t-il en privé. Un spécialiste des relations franco-algériennes résume l’équation : « Le président ne veut pas partir sur un échec. » La marge est fragile, mais les premiers fruits se voient : Laurent Nuñez, sans jamais critiquer son prédécesseur Bruno Retailleau, vante une ligne de « dialogue » qu’il juge « productive en matière de sécurité ».

Pourtant, si le calendrier diplomatique semble aujourd’hui huilé, l’horizon politique reste orageux. La présidentielle française de 2027 pourrait tout faire basculer. Les favoris des sondages (Jordan Bardella et Édouard Philippe) affichent des positions cassantes sur les accords bilatéraux, notamment celui de 1968. Le premier assume une ligne xénophobe de rupture, le second, un recentrage sécuritaire et identitaire. Une certitude : même réchauffée à court terme, la relation franco-algérienne restera au gré des tempêtes électorales françaises.

Mais une hypothèse improbable, pourtant plausible, change radicalement la donne : celle d’une possible victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027. Car si le leader de La France insoumise, qui vient officiellement de déclarer sa candidature, l’emporterait, tout irait plus vite, plus loin, plus sereinement. Mélenchon incarne depuis des années une ligne constante : la réparation mémorielle, la condamnation sans ambages de la colonisation et de la guerre d’Algérie, et le refus de toute instrumentalisation identitaire de la relation bilatérale. Son programme (ouverture massive des archives, reconnaissance des crimes coloniaux) ne relève pas d’une simple tactique diplomatico-médiatique, mais d’une conviction structurante pour sa famille politique.

Dans ce scénario, la relation entre Alger et Paris connaîtrait un apaisement inédit depuis l’indépendance. Pas de place aux surenchères sécuritaires. Place à une coopération décomplexée sur la mémoire, la circulation des personnes et l’économie.