Wassila. B
La signature, jeudi à Madrid, d’un mémorandum d’entente entre le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) n’est pas un simple accord de plus. Elle incarne une volonté stratégique partagée de transformer une relation historique en un partenariat industriel concret, tourné vers la valeur ajoutée et l’emploi.
L’Espagne est depuis longtemps un partenaire énergétique majeur de l’Algérie. Avec près de 25 milliards de mètres cubes de gaz naturel livrés via le gazoduc Medgaz (capacité de 10,8 milliards de m³/an) et les liaisons GNL, Alger a assuré ces dernières années environ 30 à 40 % des besoins gaziers espagnols. Ce socle énergétique, testé par la crise géopolitique récente, a démontré sa résilience. Mais les deux pays regardent désormais au-delà des hydrocarbures.
Le mémorandum CREA-CEOE fixe un cap clair : intensifier les échanges commerciaux (qui avoisinaient près de 5 milliards d’euros avant la pandémie, avant de connaître un trou d’air puis une reprise) et stimuler les investissements mutuels. L’innovation majeure réside dans l’approche de production conjointe proposée par Alger : développer sur le sol algérien les premières étapes de transformation, notamment les activités à forte consommation énergétique (avantage comparatif évident) pour compléter les capacités industrielles espagnoles en aval. C’est une logique de chaîne de valeur intégrée, et non de simple sous-traitance.
Concrètement, il s’agit d’attirer les entreprises espagnoles dans des secteurs comme la pétrochimie, les matériaux de construction, ou l’agro-industrie, sans leur demander de délocaliser leurs bases de production. L’objectif : créer des emplois qualifiés en Algérie, renforcer la compétitivité des deux parties, et accélérer la diversification hors hydrocarbures. Le président du CREA, M. Kamel Moula, le résume parfaitement : « bâtir des partenariats industriels durables, générateurs de valeur ajoutée, fondés sur la coopération entre les deux rives ».
Son homologue espagnol, M. Antonio Garamendi, voit dans cette rencontre « une étape charnière ». L’annonce que l’Espagne sera l’invitée d’honneur de la Foire internationale d’Alger (FIA) en juin prochain, avec une large participation de ses entreprises, confirme l’élan. Ce n’est pas un retour en arrière, mais un bond en avant. Après les turbulences diplomatiques, le pragmatisme économique l’emporte. L’Algérie et l’Espagne démontrent que, sur les rives de la Méditerranée, la complémentarité industrielle et énergétique est plus forte que les aléas politiques. Voilà une bonne nouvelle pour l’emploi, la souveraineté productive et l’intégration régionale.
Les chiffres récents plaident d’ailleurs pour cet optimisme. Après un trou d’air diplomatique, les échanges commerciaux algéro-espagnols ont bondi de près de 40 % en 2023, dépassant les 7 milliards d’euros. Dans le domaine gazier, l’Espagne reste un client historique, avec près de 25 % de ses besoins couverts par le gazoduc Medgaz et les cargaisons de GNL algérien – un flux qui a atteint plus de 12 milliards de m³ l’an passé. Mais l’accord CREA-CEOE va plus loin : il propose d’utiliser cette manne énergétique comme levier pour implanter en Algérie des industries de première transformation (engrais, sidérurgie verte, chimie de base).



