Wassila. B
L’année 2026 pourrait entrer dans l’histoire économique de l’Algérie comme celle du grand virage. En donnant un ultimatum de huit jours aux commerçants pour s’équiper de terminaux de paiement électronique (TPE), le ministère du Commerce rompt enfin avec les atermoiements du passé. Cette injonction ferme, assortie d’une amende de 50 000 DA en cas de manquement, marque un tournant stratégique : celui du passage de l’incitation à l’obligation. Après des années de reports, l’économie sans cash devient un impératif concret et urgent.
Ce durcissement n’est pas un coup de force isolé. Il s’inscrit dans une séquence cohérente et accélérée, initiée par la décision de la Banque d’Algérie fin 2025 d’interdire les dépôts en espèces sur les comptes professionnels. Certes, des assouplissements ont été accordés pour tenir compte des réalités des chaînes d’approvisionnement, mais le cap est désormais immuable. Le message adressé à l’ensemble des acteurs économiques est clair : la période de transition, parfois trop patiente, est révolue. La modernisation du paysage des paiements ne relève plus du choix, mais d’une nécessité collective.
Les chiffres justifient cette fermeté. Avec à peine 80 000 TPE pour plus de deux millions de commerçants, et seulement 5,2 millions de transactions électroniques enregistrées sur sept mois en 2025, le retard est patent. Cette carence entretient une économie parallèle florissante, limite la transparence fiscale et bride le développement d’un secteur financier innovant. L’ultimatum vise donc à combler un gap technologique et à corriger une anomalie persistante par rapport aux objectifs fixés dès la loi de finances de 2018.
Pour autant, l’approche n’est pas seulement punitive. Elle est également pragmatique. En parallèle de la promotion des TPE, les pouvoirs publics explorent des solutions alternatives, à l’instar du paiement mobile par QR Code. Cette technologie, moins coûteuse et plus accessible, pourrait être une bouée de sauvetage pour de nombreux petits commerçants et vendeurs ambulants, leur permettant de se conformer aux nouvelles règles sans lourd investissement initial. Cette flexibilité est essentielle pour assurer une inclusion large et éviter l’exclusion d’une partie du tissu économique.
Au-delà de la simple mécanique des paiements, c’est une ambition plus vaste qui se dessine. Cette politique est le pilier opérationnel de la stratégie « Algérie Numérique 2030 ». Elle vise à ancrer durablement le pays dans l’ère du numérique, en renforçant la traçabilité des transactions, en élargissant l’assiette fiscale et en offrant aux citoyens la commodité et la sécurité des moyens de paiement modernes. L’afflux observé des commerçants vers les banques depuis l’interdiction du cash sur les comptes professionnels montre que la dynamique est enclenchée.
Certes, les défis restent immenses. Ils sont culturels, face à une habitude séculaire du cash ; techniques, avec la nécessité d’assurer une couverture numérique et une éducation financière suffisantes ; et logistiques, pour équiper massivement et rapidement tout un territoire. La transition ne se fera pas sans frottements ni résistances.
Mais la volonté affichée est aujourd’hui sans équivoque. En combinant la contrainte réglementaire, l’innovation technologique et une vision politique résolue, les autorités algériennes semblent déterminées à franchir un point de non-retour. L’année 2026 pourrait ainsi marquer le véritable départ de la modernisation économique de l’Algérie, une modernisation qui se veut plus transparente, plus efficace et mieux intégrée dans les flux financiers mondiaux. Le compte à rebours de huit jours pour les commerçants est bien plus qu’une simple pénalité administrative ; c’est le symbole d’un compte à rebours beaucoup plus vaste pour l’ensemble de l’économie nationale.
