Wassila. B

À l’heure où l’inflation mondialise l’inquiétude du pouvoir d’achat, l’Algérie offre une politique fortement sociale. Avec un litre d’essence à 47 dinars, de gasoil à 31 dinars et de GPL à 12 dinars, le pays se classe parmi les nations où les carburants sont les moins chers au monde. Une réalité statistique indéniable, qui place le citoyen algérien devant la pompe dans une situation enviée par beaucoup : il paie son carburant deux à quatre fois moins cher que ses homologues en Arabie Saoudite, en Russie, ou même aux États-Unis, pourtant géants pétroliers. Cette exception ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un choix politique et social ancien, matérialisé par des subventions massives de l’État. Pour l’année 2026, la loi de finances a ainsi prévu 657 milliards de dinars pour soutenir le prix des produits de large consommation, dont les carburants. Le ministère des Hydrocarbures le rappelle avec transparence : les prix à la pompe ne reflètent pas le coût réel. Le Trésor public comble l’écart, assumant un lourd fardeau fiscal pour, selon les termes officiels, « préserver le pouvoir d’achat et soutenir les activités économiques ».

Cette politique est un pilier de la paix sociale et un amortisseur économique. Elle permet à des millions d’Algériens de se déplacer, aux agriculteurs de faire tourner leurs engins, aux transporteurs de maintenir des tarifs abordables et à l’industrie de contenir ses coûts de production. Dans un contexte de vulnérabilités économiques, c’est un filet de sécurité incontestable. Le récent ajustement des prix, bien que modeste, s’inscrit dans cette logique de contribuer marginalement aux coûts croissants de production et de distribution, tout en maintenant le soutien public écrasant. Cependant, ce modèle généreux interroge sur sa pérennité. Trois défis majeurs se profilent. Premièrement, le défi budgétaire : une telle ponction sur les finances publiques, dans un pays dont l’économie demeure fortement tributaire des hydrocarbures, limite les marges de manœuvre pour investir dans d’autres secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les infrastructures. Ces subventions représentent un coût d’opportunité colossal.

Deuxièmement, le défi écologique et de rationalisation. Des carburants bon marché n’incitent pas à la transition vers une mobilité plus sobre, ni à l’adoption de véhicules plus efficients. Ils peuvent également favoriser la contrebande vers les pays frontaliers, générant un manque à gagner pour l’économie nationale. Enfin, le défi de la justice sociale. Ce système profite indistinctement à tous les automobilistes, du modeste citoyen au propriétaire de véhicule haut de gamme.  Cependant, il est impératif de reconnaître que cette politique de subvention universelle demeure, dans le contexte algérien actuel, un instrument de justice sociale fondamental et une clé de voûte de la stabilité nationale. En garantissant un accès extrêmement abordable à l’énergie, l’État agit comme un régulateur puissant contre la vie chère, protégeant directement le budget des ménages les plus modestes pour qui le transport représente une part essentielle des dépenses. Elle soutient massivement l’économie locale et les petits métiers (taxis, artisans, petits agriculteurs, commerçants) qui constituent l’épine dorsale de l’emploi et de la résilience économique locale.