
Wassila. B
De nombreux pays africains ont salué la constance de la politique diplomatique algérienne, fidèle à un principe longtemps porté par les pères de l’OUA : la souveraineté comme boussole, le non-alignement comme méthode. Pour Alger, la souveraineté stratégique ne se décrète pas, elle se construit patiemment, par la diversification des partenariats, l’intégration continentale et la transformation d’économies restées trop dépendantes de la rente extractive. À cette condition seulement, le paradoxe africain pourra se résoudre en véritable puissance.
L’Algérie le répète avec force : la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) n’est pas un simple accord commercial. C’est le levier le plus ambitieux d’émancipation. Unifier 1,4 milliard de consommateurs au sein d’un marché commun, c’est permettre à l’Afrique de négocier en bloc, État par État. C’est résister aux stratégies de division qui, hier encore, affaiblissaient sa voix. Jamais le continent n’a été autant courtisé (Chine, Russie, États-Unis), tous tissent des partenariats avec l’Afrique. Pourtant, jamais la question de son repositionnement n’a paru aussi lancinante. Paradoxe saisissant de la géopolitique africaine contemporaine. Face à un triptyque de séductions rivales, des États aussi différents que l’Algérie, l’Éthiopie, le Sénégal ou l’Afrique du Sud choisissent une posture nouvelle : le non-alignement actif. Ce repositionnement n’est pas rhétorique. L’entrée de l’Union africaine au G20 en 2023 en est le marqueur symbolique le plus clair. La doctrine de « l’équidistance intéressée » – coopérer avec tous, s’aligner avec aucun, gagne du terrain à Nairobi comme à Abuja. Elle traduit une réalité que les grandes puissances ne peuvent plus ignorer : l’Afrique détient 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques pour la transition énergétique.
Depuis le 1er mai dernier, Pékin a supprimé les droits de douane sur toutes les marchandises venant de 53 des 54 pays africains, espérant étendre son influence. Mais la lucidité s’impose. La balance commerciale Afrique-Chine reste structurellement déficitaire pour le continent : exportations massives de matières premières non transformées contre produits manufacturés. Une logique que le discours « Sud-Sud » ne saurait occulter. Le multilatéralisme affiché de Pékin et l’unilatéralisme assumé de Washington relèvent de deux logiciels différents au service de coopérations comparables.
L’élargissement des BRICS constitue l’autre tournant. L’adhésion de l’Éthiopie, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud aux BRICS+ envoie un signal fort : le Sud global veut parler d’une voix structurée, selon une grammaire diplomatique nouvelle. Cela donne accès à la Nouvelle Banque de Développement (alternative à la Banque mondiale et au FMI), dont les conditionnalités ont longtemps nourri les débats. Cela légitime un discours de réforme de la gouvernance mondiale (ONU, FMI, OMC).


