Pour l’Europe, l’Algérie est un hub de l’énergie verte

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Wassila. B

Longtemps perçue comme l’un des derniers remparts d’une économie rentière des hydrocarbures, l’Algérie surprend par sa volonté affirmée de bifurquer vers l’avenir. Selon un récent rapport de l’Agence allemande du commerce et de l’investissement (GTAI), le pays ne se contente plus d’exploiter ses réserves de gaz et de pétrole : il accélère résolument sa transition énergétique, avec l’ambition de devenir un fournisseur incontournable d’énergies propres pour l’Europe.

Ce virage n’est pas anodin. Alors que le Vieux Continent cherche désespérément à diversifier ses sources d’approvisionnement et à décarboner son mix, Alger mise sur ses atouts naturels (ensoleillement exceptionnel, espaces sahariens immenses, proximité géographique) pour se réinventer en hub énergétique vert. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : deux centrales solaires de 200 MW chacune viennent d’être mises en service à El Meghaier et Biskra. D’ici fin 2026, ce sont 1 400 MW qui seront injectés dans le réseau national, prélude à l’objectif de 15 GW d’énergies renouvelables en 2035.

Mais la véritable innovation réside dans la vision. L’Algérie ne cherche pas seulement à verdir sa propre consommation électrique, réduisant ainsi sa dépendance au gaz naturel, elle entend préserver ses capacités d’exportation gazières tout en bâtissant une filière d’avenir : l’hydrogène vert. L’objectif est de couvrir jusqu’à 10 % des besoins européens en hydrogène d’ici 2040, avec une production potentielle de 40 TWh. Un projet pilote d’ammoniac vert à Arzew, financé par la banque allemande KfW, illustre la concrétisation de cette ambition.

Bien sûr, des défis subsistent. L’éolien reste largement sous-exploité, et l’intégration des renouvelables nécessite un réseau haute tension adapté, d’où le projet de lignes de 400 kV sur 880 km reliant le Sud au Nord. Pourtant, la dynamique est enclenchée. L’émergence d’acteurs locaux dans le photovoltaïque et les appels d’offres structurants témoignent d’une volonté politique ferme.

L’Europe, et l’Allemagne en particulier, ne voient plus en l’Algérie qu’un fournisseur de gaz. Le pays est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire énergétique, où la rente d’hier cède la place à l’innovation de demain. En misant sur le solaire et l’hydrogène, Alger ne se contente pas de suivre le mouvement mondial : elle entend le devancer. Et si cette transition réussit, l’Algérie pourrait bien devenir le maillon vert du découplage énergétique européen. Une opportunité stratégique qu’il serait imprudent de laisser passer.

Au-delà des chiffres et des infrastructures, c’est la cohérence d’ensemble de la stratégie algérienne qui impressionne les observateurs internationaux. Contrairement à certaines annonces restées sans suite, Alger articule progressivement tous les maillons de la chaîne : production d’électricité solaire, renforcement du réseau, émergence d’une industrie locale de modules photovoltaïques, et enfin montée en puissance de l’hydrogène vert.