Extraditions, une victoire pour l’Algérie

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Wassila. B

Aujourd’hui, un vent nouveau souffle sur les relations entre Alger et Paris. Et ce vent, l’Algérie le maîtrise. Elle l’oriente. Elle lui impose son rythme, celui d’un État souverain, fier et patient.

La visite annoncée du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, accompagné de hauts magistrats spécialisés (procureur financier, procureure anti-criminalité organisée) n’est pas un simple geste protocolaire. C’est, pour l’Algérie, le fruit d’une constance diplomatique et d’une exigence morale jamais abandonnée. Pendant des années, les dossiers des biens mal acquis, des extraditions d’ex-responsables recherchés par la justice algérienne, sont restés dans l’ornière du blocage. Paris semblait esquiver. Alger, elle, attendait. Non pas en suppliant, mais en rappelant, avec la dignité qui la caractérise, que la justice n’a pas de frontière et que la prédation des richesses nationales ne saurait bénéficier d’aucune impunité.

Aujourd’hui, l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, le reconnaît sans ambages : ces sujets sont « fondamentaux pour l’Algérie », et la France en « connaît la sensibilité ». Ce n’est pas une déclaration anodine. C’est un signal clair adressé au peuple algérien : votre combat pour récupérer ce qui vous a été spolié est légitime, et il sera désormais traité à armes égales, justice contre justice.

L’Algérie peut s’en féliciter. Non par triomphalisme, mais par la satisfaction tranquille d’un État qui n’a jamais cédé sur ses principes. Le président Tebboune a constamment rappelé que la coopération internationale devait se fonder sur le respect mutuel et la confiance. Ces dernières semaines, ce sont précisément ces deux mots qui sont revenus dans la bouche des responsables français : confiance, respect. Mieux : le chef de l’État français, Emmanuel Macron, a personnellement souhaité que son garde des Sceaux se rende « très vite » à Alger. Cette célérité, une semaine seulement après la visite de la ministre déléguée aux Armées, témoigne d’une prise de conscience : l’Algérie est un partenaire incontournable, et les vieilles lunes du passé ne peuvent plus dicter l’agenda.

Au-delà des aspects judiciaires, c’est tout le chantier mémoriel qui se débloque. La commission mixte des historiens va reprendre ses travaux « sans délai ». Là encore, l’Algérie a tenu bon. Elle a rappelé que la mémoire n’est pas une option, mais une obligation. Regarder la vérité de l’histoire, « dans ce qu’elle a de plus difficile, de plus tragique », comme l’a reconnu l’ambassadeur français en évoquant la commémoration de Sétif le 8 mai, est une avancée considérable. L’accès aux archives, la numérisation, les restitutions : voilà autant de dossiers que l’Algérie a portés seule pendant des décennies. Aujourd’hui, ils deviennent un chantier commun. C’est une victoire de la mémoire algérienne.

Ce nouvel élan, l’Algérie le doit à sa constance, à la clairvoyance de son président, et à la force tranquille d’un peuple qui n’oublie jamais d’où il vient. La coopération avec la France, si elle se confirme sur le terrain, sera celle d’égaux à égaux.