L’Algérie à l’heure de l’innovation

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Wassila. B

Sous les projecteurs d’un événement baptisé « L’Algérie à l’ère de l’intelligence artificielle », tenu à à Alger, deux ministres ont ouvert une séquence qui pourrait bien marquer un tournant discret mais décisif pour l’avenir numérique du pays. Sid Ali Zerrouki, ministre de la Poste et des Télécommunications, et Noureddine Ouadah, ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, ont posé ensemble un geste politique fort : celui de la continuité et de la convergence entre infrastructures et innovation.

L’événement, organisé par une jeune pousse nationale, n’a rien d’une simple vitrine technologique. Il intervient dans un contexte où l’Algérie, forte de ses avancées en matière de connectivité, revendique désormais un leadership africain dans les infrastructures de télécommunications. Un statut que M. Zerrouki a martelé en rappelant l’engagement sans faille de son secteur dans la construction d’un socle numérique solide, capable d’accueillir les technologies de demain. L’enjeu est clair : sans infrastructures robustes, l’IA ne peut être qu’un vœu pieux.

Mais cette ambition technologique ne saurait occulter un défi tout aussi crucial : la formation des ressources humaines. L’intelligence artificielle n’est pas une simple affaire de câbles sous-marins ou de débits internet. Elle suppose des cerveaux capables de concevoir, d’entraîner et d’interpréter des modèles de données complexes. À ce titre, l’Algérie devra impérativement renforcer l’enseignement des mathématiques, de l’algorithmique et de l’éthique numérique dès l’université, voire avant. Sans un vivier de talents locaux, les plus belles infrastructures resteraient des coquilles vides.

Par ailleurs, la question de la souveraineté numérique, plusieurs fois évoquée durant la soirée, mérite qu’on s’y arrête. La plateforme « RIPOST », lancée officiellement à cette occasion, se veut un outil de veille stratégique et de gestion de la réputation. Très bien. Mais une véritable souveraineté ne se limite pas à une application, aussi performante soit-elle. Elle implique des centres de données sur le territoire, des clouds nationaux, des cadres juridiques protecteurs des données personnelles, et une lutte acharnée contre les dépendances technologiques étrangères. L’Algérie a posé la première pierre ; reste à bâtir l’édifice réglementaire qui la protégera des tempêtes numériques venues d’ailleurs.

Mais l’édifice ne reposerait que sur du vide sans les talents. Les ministres ont insisté, à juste titre, sur le rôle des start-up locales, ces « jeunes pousses » qui créent de la richesse, génèrent de l’emploi et proposent des solutions numériques en phase avec les défis contemporains. En saluant leur audace et leur contribution, le gouvernement admet enfin que l’avenir économique ne se jouera plus uniquement dans les hydrocarbures, mais bien dans l’intelligence, l’agilité et la souveraineté technologiques.

Le lancement officiel de la plateforme « RIPOST », lors de cette soirée, en est l’illustration parfaite. Basée sur l’IA, cette solution dédiée à la veille stratégique, à l’écoute sociale et à la gestion de la réputation numérique sonne comme un acte de maturité.