
Djamila M.
Les spécialistes à Oran s’accordent à dire que les maladies neurodégénératives représentent l’un des défis majeurs pour le système de santé algérien, dans un contexte de hausse du nombre de patients concernés et d’allongement de l’espérance de vie.
Un colloque organisé à la faculté de médecine de l’Université d’Oran 1 a mis en lumière cette problématique, en présentant des données de terrain, en développant des discussions scientifiques approfondies et en formulant des recommandations pratiques visant à améliorer la prévention, le diagnostic et la prise en charge des patients.
Renforcer le diagnostic précoce et développer la prise en charge
Dans ce cadre, la professeure Benharrats Sarra Samra, Cheffe de service de psychiatrie Adulte A à l’EHS de Sidi Chami d’Oran, a souligné la progression des troubles neurodégénératifs. Selon ses données présentées lors du colloque, les services spécialisés de l’hôpital enregistrent environ 60 cas par mois, touchant diverses formes de ces maladies, qu’il s’agisse de troubles de la mémoire, de déclin cognitif ou de changements comportementaux associés.
Ces chiffres témoignent que ces troubles ne sont plus des cas isolés, mais un phénomène quotidien auquel sont confrontés médecins et spécialistes. Cela impose de renforcer le diagnostic précoce, de développer les mécanismes de prise en charge médicale et psychologique, et de soutenir les patients ainsi que leurs accompagnants.
Ces données mettent également en évidence la nécessité d’une coordination accrue entre les institutions sanitaires pour relever ce défi croissant.
Le DSP appelle à la prévention et à la coordination
Dans son allocution d’ouverture, le professeur Kaci, directeur de la santé et de la population de la wilaya d’Oran, a insisté sur l’importance de tels colloques, qui favorisent l’échange d’expertises et le renforcement de la coordination entre les acteurs du secteur.
Il a souligné que les maladies neurodégénératives nécessitent une approche globale, allant au-delà du traitement pour inclure la prévention, la sensibilisation et le suivi à long terme. Le directeur de la santé a également insisté sur l’intégration de toutes les spécialités médicales dans le parcours de soins de ces patients, ainsi que sur l’amélioration des services et le développement des compétences humaines. Il a appelé à intensifier les efforts de sensibilisation, notamment auprès des familles, qui jouent un rôle central dans l’accompagnement des malades et dans la limitation des complications.
Alzheimer en tête des troubles neurodégénératifs
Les intervenants ont rappelé que parmi les différentes maladies neurodégénératives, la maladie d’Alzheimer occupe la première place en termes de prévalence, un point confirmé au cours des présentations. Cette pathologie figure parmi les plus complexes, en raison de son impact profond sur la mémoire, les capacités cognitives et le comportement, affectant directement la qualité de vie des patients et de leur entourage familial.
La professeure Benharrats a précisé que la hausse des cas d’Alzheimer en Algérie est principalement liée à l’augmentation de l’espérance de vie. Elle a insisté sur le fait que cette maladie nécessite une prise en charge multidimensionnelle, combinant psychiatrie, neurologie, soutien psychologique et social, ainsi qu’un accompagnement des familles. Le dépistage précoce joue un rôle central dans la limitation de la progression de la maladie. Elle a ainsi appelé à renforcer les programmes de sensibilisation et de formation, et à fournir aux médecins des outils diagnostiques plus précis.
Les experts ont rappelé que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a alerté sur la progression continue des maladies neurodégénératives, estimant que le nombre de personnes touchées pourrait atteindre 82 millions d’ici 2030. Ces prévisions constituent un signal préoccupant, révélant l’ampleur du fardeau sanitaire, social et économique que ces pathologies pourraient représenter.
Dans ce contexte, les intervenants ont souligné que l’Algérie n’est pas à l’abri de ces défis, nécessitant une anticipation par la mise en place de stratégies nationales efficaces, fondées sur la prévention, la recherche scientifique et une prise en charge adaptée à chaque patient.
En conclusion de ce colloque, les participants ont formulé plusieurs recommandations visant à améliorer la prise en charge des patients atteints de maladies neurodégénératives. Parmi les mesures phares : l’intégration d’équipes médicales pluridisciplinaires, assurant une approche globale et efficace, le renforcement de la recherche scientifique et le soutien aux compétences nationales pour développer des études améliorant le diagnostic et le traitement, ainsi que l’amélioration du soutien social aux patients et à leurs familles, confrontées à un lourd fardeau psychologique et social.



