Wassila. B
Par la voix de son Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a dressé vendredi à Addis-Abeba le bilan de la présidence algérienne du Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP). Au terme d’un mandat de deux ans (2024-2026) marqué par une redynamisation institutionnelle et diplomatique, l’Algérie transmet la présidence à l’Ouganda, laissant derrière elle un mécanisme renforcé, élargi et doté d’une nouvelle vision stratégique pour la gouvernance continentale.
C’est dans l’enceinte diplomatique d’Addis-Abeba, en Éthiopie, que s’est jouée vendredi une page importante de la gouvernance africaine. Lors des travaux du 35e Forum des chefs d’État et de Gouvernement du MAEP, l’Algérie a officiellement clôturé sa présidence tournante de cette instance panafricaine stratégique. Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, représenté par le Premier ministre M. Sifi Ghrieb, a saisi cette occasion solennelle pour présenter un bilan exhaustif des réalisations accomplies sous sa direction, avant de procéder à la passation de pouvoirs avec son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni.
Dans une allocution lue en son nom, le Chef de l’État a d’abord tenu à saluer l’hospitalité éthiopienne et l’organisation rigoureuse de l’Union Africaine, avant de souligner le caractère symbolique de ce sommet. Plus qu’une simple formalité protocolaire, cette session marque l’aboutissement d’une démarche volontariste de l’Algérie visant à replacer les questions de bonne gouvernance au cœur de l’agenda continental.
L’Algérie, membre fondateur du MAEP, a pris les rênes de l’organisation en février 2024, dans un contexte continental particulièrement complexe. Comme l’a rappelé le Président Tebboune, l’Afrique faisait alors face à des défis multiples menaçant sa stabilité : crises de gouvernance, insécurité grandissante, impératifs de développement durable et nécessité de renforcer la résilience des institutions.
Refondation institutionnelle
Face à ces enjeux, la présidence algérienne a opté pour une approche claire et pragmatique : « repositionner le Mécanisme comme un outil stratégique crédible et efficace ». Cette vision s’est inscrite dans le prolongement naturel de la diplomatie algérienne, qui privilégie historiquement le multilatéralisme, le respect strict de la souveraineté des États et la promotion de « solutions africaines aux défis africains ». L’objectif était d’aligner l’action du MAEP sur les grandes priorités de l’Union Africaine, notamment l’Agenda 2063, ainsi que sur l’Architecture africaine de gouvernance (AGA) et l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA).
Le bilan dressé par le Président Tebboune fait état de cinq réalisations majeures qui ont jalonné ces deux années de mandat, transformant en profondeur le fonctionnement et la portée du Mécanisme.
Le premier acquis fondamental réside dans l’adoption et la mise en œuvre du Plan stratégique du MAEP pour la période 2025-2028. Ce document cadre, fondé sur des principes de professionnalisme, de performance et d’intégrité, dote désormais l’organisation d’une feuille de route claire pour renforcer l’efficacité de son mandat à moyen terme.
Deuxièmement, l’Algérie a œuvré au renforcement des mécanismes d’évaluation de la gouvernance. Sous la présidence algérienne, le rythme des évaluations nationales et ciblées s’est accéléré, favorisant un partage concret de bonnes pratiques entre les États membres. Le Président a ainsi souligné que plusieurs pays, dont la Sierra Leone, le Togo, le Ghana, Sao Tomé-et-Principe et le Zimbabwe, présenteront lors de ce sommet leurs rapports sur l’état de la gouvernance. D’autres, comme le Mozambique, Djibouti, le Nigeria et la Namibie, exposeront leurs avancées dans la mise en œuvre des programmes d’action nationaux.
Troisièmement, le mandat algérien a été marqué par l’intégration de la e-gouvernance comme thème central. Conscient des enjeux du numérique, le Président Tebboune a impulsé cette dynamique pour moderniser les administrations publiques africaines et adapter les systèmes de gouvernance aux évolutions technologiques mondiales, garantissant ainsi une plus grande transparence et efficacité administrative.
Le quatrième axe stratégique a concerné le lien entre gouvernance et sécurité. L’Algérie a promu la contribution du MAEP à la prévention des conflits, en instaurant un dialogue institutionnel soutenu avec le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union Africaine. En s’articulant avec le Système continental d’alerte précoce, le Mécanisme renforce désormais le nexus indispensable entre bonne gouvernance, stabilité politique et paix durable.
Enfin, une avancée significative a été réalisée dans le domaine de la souveraineté financière avec les progrès de l’initiative de création de l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA). Cette initiative stratégique, ardemment défendue par l’Algérie, vise à doter le continent d’un instrument d’évaluation financière autonome, capable de proposer une approche plus équilibrée et plus juste des réalités économiques africaines, loin des biais parfois observés chez les agences de notation internationales classiques.
La crédibilité retrouvée du MAEP sous la présidence algérienne s’est traduite par une force d’attraction renouvelée. Le Président de la République s’est félicité de cette « dynamique ascendante d’adhésion », qualifiée de « preuve irréfutable » de la confiance des États envers l’institution. Cette période a vu l’arrivée de deux nouveaux membres : la République centrafricaine, qui a rejoint le mécanisme au début du mandat algérien, et plus récemment la République fédérale de Somalie, devenue le 45e État membre. Cet élargissement confirme la volonté des pays africains de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue de leur gouvernance.
Au-delà de l’impulsion politique, l’Algérie a tenu à joindre le geste à la parole en matière de soutien financier. Le Président Tebboune a rappelé que son pays a octroyé une contribution volontaire d’un million de dollars américains (1 million USD) au Mécanisme. Ce soutien financier a été déterminant : il a permis la programmation et la réalisation concrète de trois évaluations nationales, incluant deux évaluations ciblées pour Sao Tomé-et-Principe et le Zimbabwe, ainsi que la deuxième évaluation de la Sierra Leone. Pour le Chef de l’État, cet engagement matériel traduit la conviction profonde que le MAEP est un instrument essentiel de responsabilité partagée et de dialogue constructif.
Le point d’orgue de ce 35e Forum a été la passation officielle de pouvoir. M. Sifi Ghrieb, au nom du Président Tebboune, a remis la présidence tournante à la Vice-Présidente de l’Ouganda, Mme Jessica Rose Epel Alupo, représentant le Président Yoweri Kaguta Museveni.
Solidarité financière
Dans son message, le Président Tebboune a assuré que cette transmission se faisait de « manière fluide et ordonnée », conformément aux règles de l’Union Africaine. Il a exprimé sa totale confiance en la capacité de la nouvelle présidence ougandaise à consolider les acquis et à poursuivre les chantiers engagés. « L’Algérie demeure pleinement disposée à partager son expérience et le bilan de sa présidence du Forum avec l’Ouganda, pays frère », a-t-il affirmé, garantissant un accompagnement sans faille durant ce nouveau mandat.
Les membres du MAEP ont, en retour, unanimement salué le leadership du Président Abdelmadjid Tebboune durant ces deux années. Ils ont souligné que son implication personnelle et la vision stratégique de l’Algérie ont permis de consolider les principes de bonne gouvernance et d’accélérer l’intégration continentale.
En quittant la présidence du Forum, l’Algérie laisse un héritage institutionnel robuste. De la modernisation numérique à l’indépendance financière via l’AfCRA, en passant par l’élargissement de la base des membres, le mandat 2024-2026 restera marqué par une volonté de transformer le MAEP en un levier d’action concret, au service d’une Afrique maîtresse de son destin et de sa gouvernance.




