
Wassila. B
La déclaration est claire, le ton est ferme. Lors de sa récente visite à Annaba, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, n’a pas simplement procédé à une inspection de routine. Il a posé les jalons d’une ambition nationale. En qualifiant l’extension du port phosphatier et la modernisation de la ligne minière Est de « priorité absolue et de défi national », il a rappelé que derrière le béton et les rails se joue une partie bien plus grande : celle de la renaissance industrielle et de la diversification de l’économie algérienne. Le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba, dont ces infrastructures sont le poumon, n’est pas un chantier parmi d’autres. C’est un pari stratégique colossal. Avec des réserves estimées à près d’un milliard de tonnes, l’Algérie dispose d’un atout géologique majeur. Mais la nature ne fait pas tout ; encore faut-il avoir les moyens d’extraire, de transformer et d’exporter. C’est précisément l’objet des travaux menés actuellement à Annaba et sur la ligne ferroviaire Est. En réalisant un nouveau quai minéralier capable d’accueillir des navires de gros tonnage, l’Algérie ne se contente pas d’améliorer ses installations portuaires. Elle construit une porte d’entrée sur le marché mondial, une plateforme logistique destinée à rendre le produit algérien compétitif dès son embarquement.
Le ministre a insisté sur un point crucial : les délais ne sont pas négociables. Dans un contexte mondial où la compétition fait rage, où la demande en engrais explose avec la croissance démographique et où les crises géopolitiques rappellent la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la rapidité d’exécution est une arme. Chaque jour de retard est une part de marché perdue. C’est pourquoi M. Djellaoui a exigé un système de travail en continu, y compris pendant le Ramadhan, et appelé à une mobilisation sans faille des ressources humaines et matérielles. Cette exigence traduit une prise de conscience : l’Algérie est engagée dans une course contre la montre pour s’imposer comme un fournisseur fiable et incontournable. Mais au-delà des enjeux portuaires, c’est toute la chaîne logistique qui est sous tension. La modernisation de la ligne minière Est, qui relie Annaba à Tébessa, est un défi technique et temporel. Elle conditionne l’acheminement du minerai. Sans rail performant, le phosphate reste prisonnier des sols de l’Est. Le gouvernement, en « accompagnant en permanence » les entreprises de réalisation, envoie un message de confiance mais aussi de rigueur. La coordination sur le terrain doit être exemplaire, car ce projet est un tout indissociable : le rail nourrit le port, le port nourrit l’économie.
Enfin, ce développement industriel s’accompagne d’une dimension environnementale, symbolisée par le lancement d’une campagne nationale de reboisement. L’enjeu est de taille : concilier la renaissance industrielle et la préservation du cadre de vie. Construire une Algérie verte tout en développant des industries lourdes est un équilibre délicat mais indispensable. C’est le gage d’un développement durable, accepté par les citoyens et respectueux des générations futures.


