Wassila. B

La visite du Général Abdourahmane Tiani à Alger, accueilli hier avec tous les honneurs dus à un chef d’État, est bien plus qu’une simple rencontre diplomatique. Elle marque le point culminant d’une dynamique de réchauffement minutieusement orchestrée entre Alger et Niamey, et signe le retour à une coopération bilatérale dense, après une période de flottement post-26 juillet 2023. En recevant personnellement le président nigérien à sa descente d’avion, M. Abdelmadjid Tebboune envoie un signal fort : l’Algérie considère son voisin du Sud non pas comme un simple partenaire, mais comme un frère avec lequel il est urgent de rattraper le temps perdu. Car cette visite, qualifiée de « fraternité et de travail », est avant tout celle de la concrétisation. Depuis plusieurs semaines, les jalons étaient posés. Le retour des ambassadeurs, d’abord. Puis, fin janvier, la visite du ministre Mohamed Arkab à Niamey, chargé de messages personnels du président Tebboune. Cette visite avait déjà permis de dégeler les relations et de remettre sur la table les dossiers brûlants qui lient inexorablement les deux pays. Le message était clair : malgré les différends ou les incompréhensions passées, l’intérêt supérieur des deux nations et la stabilité de la région imposent une collaboration étroite.

Aujourd’hui, avec la présence du Général Tiani à Alger, on passe à la vitesse supérieure. Les discussions ne se limiteront pas aux embrassades protocolaires. Elles porteront sur le concret, le stratégique, le vital. En tête de liste, bien sûr, le fameux gazoduc transsaharien (TSGP). Ce projet colossal, reliant le Nigeria à l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie, est une artère énergétique cruciale. Mais c’est aussi un formidable outil d’intégration régionale. Le président Tiani l’a bien compris, lui qui a salué les efforts de l’Algérie pour sa concrétisation, voyant en ce pipeline « un pilier stratégique » pour le développement des pays de transit.

Mais les liens ne se résument pas aux hydrocarbures. L’expertise algérienne est attendue dans l’exploration pétrolière, comme dans le bassin de Kafra, mais aussi dans le renforcement des capacités sécuritaires. Sur un continent secoué par le terrorisme, la stabilité du Sahel est un bien commun à préserver. La coopération militaire et technique entre Alger et Niamey est donc un axe non-négligeable de ces discussions.

Au-delà des grands projets, il y a aussi une forme de solidarité constante que l’Algérie tient à rappeler. Qu’il s’agisse de l’envoi d’aides humanitaires lors des inondations de 2024 ou des 300 bourses d’études offertes aux étudiants nigériens, Alger cultive un soft power discret mais efficace, fondé sur l’humain. Comme le soulignait récemment le président Tebboune à propos du Soudan du Sud, « la réussite d’un pays frère est une réussite pour l’Afrique tout entière ». Cette philosophie prend tout son sens aujourd’hui, sous les ors de la République, entre deux chefs d’État unis par la géographie et la volonté.