
Djamila M
Le service de psychiatrie pour adultes de l’Établissement hospitalier spécialisé en maladies mentales de Sidi Chahmi à Oran figure parmi les structures de référence en matière de prise en charge de la santé mentale à l’échelle de la wilaya et de toute la région Ouest du pays. Dans le cadre d’un éclairage sur la situation et les perspectives de la santé mentale au sein de l’établissement, le journal Cap Dz a rencontré le professeur Sarah Semra Benharrat, cheffe du service de psychiatrie pour adultes, qui revient sur le bilan des activités menées ainsi que sur les principaux défis organisationnels et structurels auxquels l’institution a été confrontée.
Cap Dz : Comment évaluez-vous le bilan des activités du service au titre de l’année 2025 ?
Pr Sarah Semra Benharrat : L’année 2025 a été particulièrement intense et productive. Le service a poursuivi sa mission de prise en charge spécialisée des troubles psychiques chez l’adulte, tout en maintenant des standards de qualité et de sécurité des soins, en dépit des contraintes liées aux travaux de réhabilitation de l’établissement.
En termes d’activité, l’unité de santé mentale a enregistré une moyenne mensuelle dépassant 1 600 consultations. À cela s’ajoutent près de 60 consultations par mois au niveau de l’unité de la mémoire, récemment mise en place, ce qui témoigne d’une demande croissante en matière de soins de santé mentale.
Cap Dz : Une nouvelle unité a été inaugurée l’an dernier. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Pr Sarah Semra Benharrat : En effet, en mars 2025, nous avons procédé à l’ouverture d’une unité de consultation de la mémoire dédiée au dépistage et à la prise en charge des troubles neurodégénératifs. Cette structure est encadrée par une équipe pluridisciplinaire composée d’un psychiatre, d’un neurologue et d’un neuropsychologue.
Cap Dz : Le service a-t-il bénéficié de mises à niveau technologiques ?
Pr Sarah Semra Benharrat : En décembre dernier, nous avons modernisé l’équipement de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) par l’intégration d’un système de neuronavigation. Cette avancée permet une localisation plus précise des zones cérébrales ciblées et améliore, par conséquent, l’efficacité thérapeutique.
Cap Dz : Quelle est la nature de la prise en charge au sein de l’établissement et quelle est la contribution du service en matière de prévention ?
Pr Sarah Semra Benharrat : Nous constatons une augmentation des cas d’anxiété, de dépression et de troubles liés aux addictions, ainsi qu’une demande accrue pour les consultations de la mémoire. Cela reflète une évolution positive de la conscience collective quant à l’importance du diagnostic précoce.
Par ailleurs, nous accordons une attention particulière à la prévention, notamment à travers l’organisation de campagnes de sensibilisation sur les risques liés aux addictions et à certains troubles psychiques dans les établissements scolaires et universitaires, en collaboration avec les équipes de santé scolaire.
Cap Dz : Votre service a pris part à plusieurs campagnes de sensibilisation et activités. Comment s’est déroulée cette participation ?
Pr Sarah Semra Benharrat : Nous avons participé à des programmes diffusés sur Radio Oran visant à sensibiliser le public aux maladies mentales et aux différentes formes d’addiction, les médias constituant un partenaire essentiel dans la promotion de la culture de la santé mentale.
Nous avons également contribué à la célébration de la Journée mondiale de la santé mentale, à la campagne Octobre Rose, à la Journée mondiale du diabète, ainsi qu’à diverses activités organisées sous l’égide de la Direction de la santé et de la population. Notre service a, en outre, pris part à des manifestations scientifiques nationales et internationales, dont la Journée internationale de psychiatrie à Tlemcen et la Journée médico-chirurgicale nationale à Aïn Témouchent, en plus de journées d’études spécialisées.
Cap Dz : Qu’en est-il de la coopération avec le mouvement associatif ?
Pr Sarah Semra Benharrat : Nous avons collaboré avec des associations caritatives, notamment l’association Coeur ouvert et l’association El Baraka Zohour, pour l’organisation de sorties et d’activités récréatives au profit des patients, contribuant ainsi à instaurer un climat humain et bienveillant au sein du service.
Cap Dz : En quoi le caractère universitaire du service constitue-t-il une valeur ajoutée, notamment en matière de formation, et quels sont les défis auxquels vous faites face ?
Pr Sarah Semra Benharrat : En tant que service hospitalo-universitaire, nous assurons l’encadrement d’étudiants issus des universités d’Oran, de Sidi Bel Abbès, de Tlemcen et de Mostaganem, favorisant ainsi l’articulation entre la formation académique et la pratique clinique.
Le développement des compétences du personnel médical repose sur des réunions cliniques régulières, la participation à des rencontres scientifiques et des programmes de formation continue permettant d’intégrer les avancées récentes en matière de diagnostic et de traitement. Parmi les principaux défis figurent le manque de certaines ressources et la pression liée à l’afflux de patients. Toutefois, l’esprit d’équipe et l’engagement du personnel ont permis d’en atténuer les effets.
Cap Dz : Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens concernant la santé mentale et quelles sont vos perspectives pour l’année en cours ?
Pr Sarah Semra Benharrat : La santé mentale est indissociable de la santé globale. Recourir à une consultation psychologique ne constitue en aucun cas un motif de stigmatisation, mais bien une démarche courageuse vers le rétablissement et l’équilibre.
Nous ambitionnons de renforcer les spécialités de pointe, d’élargir les programmes de prévention et d’améliorer les conditions d’accueil et de prise en charge, afin de garantir un service public de qualité dans le domaine de la santé mentale.



