Wassila. B

Il est des voyages qui dépassent la simple géographie. Celui de Hocine Nedjar, artisan originaire de la vallée du M’zab, a emporté avec lui bien plus que ses bagages : un fragment d’âme algérienne, patiemment noué entre ses doigts. À Faridabad, dans l’effervescence de la 39ᵉ édition du Surajkund International Crafts Mela, son tapis traditionnel en laine naturelle n’est pas passé inaperçu. Face à plus de 2 000 artisans venus des quatre coins du monde, c’est une œuvre habitée par les motifs géométriques du M’zab et baignée de cette ocre rouge si caractéristique qui a conquis le jury, décrochant la deuxième place dans la catégorie des produits naturels.

Derrière ce prix, il y a d’abord des mains. Celles qui cardent, filent, tissent, et qui portent en elles la mémoire de générations. Hocine Nedjar n’a pas simplement fabriqué un tapis ; il a donné à voir l’esthétique d’une région, la chaleur de ses terres et la géométrie sacrée de son architecture. Et l’Inde, patrie du textile et des couleurs, a su reconnaître cette authenticité.

Cette consécration est aussi le fruit d’une rencontre. Quelques mois plus tôt, Swati Vijay Kulkarni, ambassadrice de l’Inde en Algérie, posait un regard curieux sur Ghardaïa. Séduite, elle invite l’artisan à porter les couleurs de son pays lors du festival. La Chambre de commerce et d’industrie du M’zab facilite les démarches, et l’Inde, généreuse, prend en charge le reste. « En quelques jours, visa, billet et organisation étaient bouclés », confie l’artisan, encore ému par cette mécanique bien huilée.

Mais au-delà du trophée, Hocine Nedjar veut y voir une victoire collective. « C’est une reconnaissance du patrimoine artisanal algérien », insiste-t-il, lucide et fier. À ses côtés, d’autres talents nationaux ont également fait rayonner le « Made in Algeria » : céramistes, maîtres du cuir traditionnel et tisseurs de burnous ont dévoilé la diversité d’un artisanat qui refuse de s’éteindre.

Dans un monde qui standardise tout, cette deuxième place à Surajkund résonne comme une douce revanche de la lenteur, du geste précis et de la transmission. Une manière de rappeler que l’Algérie ne se raconte pas seulement avec des mots, mais aussi avec des fils, des couleurs et des matières qui traversent les frontières sans jamais perdre leur âme.