Djamila M

Le secteur de la santé mentale et de la prise en charge de l’addiction à Oran a connu, ces dernières années, des transformations significatives. Ces changements reflètent une conscience sociale accrue des risques liés à l’addiction et la reconnaissance croissante de cette problématique comme une véritable maladie nécessitant un suivi spécialisé.

Dans ce cadre, le centre intermédiaire de traitement et de lutte contre l’addiction Colonel Lotfi, rattaché à l’établissement public de santé d’Esseddikia à Oran, observe une augmentation notable du nombre de personnes cherchant un accompagnement, particulièrement après le mois de Ramadan. Ce phénomène traduit un changement progressif dans les comportements individuels et familiaux face à l’addiction et aux parcours de soin qui y sont associés.

Pour le Dr Haï Saliha, directrice du centre, interrogée par CapDz, ce changement n’est pas le fruit du hasard. « Il est le résultat d’efforts constants de sensibilisation et de suivi médical, qui ont permis de déconstruire de nombreux stéréotypes persistants autour de cette maladie », souligne-t-elle.

Un pic d’admissions après le Ramadan

Les statistiques du centre révèlent un schéma récurrent tout au long de l’année : la demande de traitement augmente au début de l’année et se maintient jusqu’au Ramadan. Durant ce mois, les consultations diminuent, avec moins de 30 nouvelles admissions, un phénomène compréhensible au regard des particularités religieuses et sociales de la période, durant laquelle de nombreux individus ajustent ou suspendent temporairement certains comportements.

Le véritable signal d’alerte apparaît toutefois après le Ramadan, lorsque la demande de traitement repart nettement à la hausse. Plusieurs facteurs expliquent ce regain : le retour à la routine quotidienne, la prise de conscience des difficultés à maintenir l’abstinence sans accompagnement spécialisé, et l’expérience du jeûne, qui met en lumière la force de l’addiction psychologique et comportementale. Pendant cette période, le centre enregistre entre 80 et 100 nouvelles admissions par mois, illustrant l’ampleur des besoins et confirmant que la période post-Ramadan constitue un moment clé pour orienter les patients vers un traitement adapté.

Une société qui comprend mieux l’addiction

L’un des progrès majeurs de ces dernières années est la perception de l’addiction comme une maladie et non comme un simple écart moral. Cette évolution a encouragé les familles à accompagner leurs proches vers les centres spécialisés, plutôt que de cacher le problème ou de recourir à des méthodes traditionnelles inefficaces.

Le recours aux structures spécialisées est désormais plus largement accepté, tant par les familles que par les personnes concernées. Les campagnes de sensibilisation et l’implication des médecins et psychologues ont été déterminantes pour diffuser cette culture, en expliquant la nature de l’addiction et la possibilité de rétablissement grâce à un parcours thérapeutique structuré.

Le centre a par ailleurs renforcé ses équipes avec du personnel spécialisé et formé dans le traitement de l’addiction, ce qui a accru la confiance des citoyens. Les services proposés incluent le diagnostic, le suivi psychologique et un accompagnement à long terme, incitant davantage de personnes à demander de l’aide. 

Plus de 1 500 demandes de prise en charge en 2025 

Le Dr Haï Saliha rappelle que le nombre de patients a fortement augmenté ces dernières années. En 2017, seules 435 personnes avaient recours au centre, un chiffre limité par la faible sensibilisation et la stigmatisation. En 2025, ce nombre a atteint environ 1 540 nouvelles admissions annuelles, traduisant un profond changement dans les comportements sociaux et une volonté croissante de chercher un traitement.

Cette augmentation concerne particulièrement les jeunes, posant de nouveaux défis pour les autorités sanitaires, notamment le développement de programmes préventifs adaptés et le renforcement des services de suivi psychosocial. Elle impose également aux centres d’élargir leurs capacités d’accueil et d’améliorer la qualité des soins, car le traitement de l’addiction nécessite un suivi long et continu.

Pour la directrice, l’année 2025 représente une étape majeure dans la prise en charge de l’addiction : hausse des admissions, mais aussi consolidation de la culture du soin au sein de la société. Ces avancées témoignent de l’efficacité des efforts de sensibilisation et de traitement, tout en soulignant la nécessité de poursuivre le travail : soutenir les centres spécialisés, intensifier les campagnes de prévention et développer des stratégies ciblant particulièrement les jeunes. Reconnaître l’addiction comme une maladie traitable constitue la clé d’une société plus consciente et en meilleure santé, un changement que la communauté commence progressivement à intégrer, sur un chemin long mais prometteur.