Djamila M
L’Académie El-Wahrani des études scientifiques et de l’interaction culturelle a appelé à faire de la mémoire de l’intellectuel algérien Bakhti Benaouda un véritable projet culturel et intellectuel pérenne, à l’occasion de la commémoration de son assassinat, marquée par l’organisation d’une conférence scientifique réunissant universitaires, chercheurs et acteurs du champ culturel.
À l’issue de cette rencontre, les participants ont insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective pour assurer la réussite du projet « Sirat Athil», qui consacrera prochainement un numéro spécial à la pensée et au parcours du défunt. Ils ont également annoncé la préparation d’un colloque international en présentiel, placé sous l’égide de l’Académie, ainsi que d’autres initiatives intellectuelles et culturelles dont les contours seront dévoilés ultérieurement.
La présidente de l’Académie, la professeure Souad Besnaci, a souligné que cette démarche s’inscrivait dans une volonté de préserver la mémoire intellectuelle nationale et de consacrer une culture de fidélité envers les figures ayant fait de la parole libre un rempart pour la défense de l’identité, de la culture et des valeurs nationales.
Elle a affirmé que l’évocation de l’expérience de Bakhti Benaouda ne devait pas rester confinée à une simple célébration symbolique liée aux dates commémoratives, mais se transformer en une dynamique culturelle continue capable de transmettre aux nouvelles générations l’héritage des intellectuels algériens qui ont payé le prix de leurs convictions.
« Un rempart contre l’oubli et l’extrémisme »
Dans son allocution d’ouverture, la professeure Souad Besnaci a rappelé que cette rencontre visait avant tout à renouveler les valeurs de fidélité envers les personnalités algériennes ayant consacré leur pensée et leur plume au service de la nation. Elle a décrit le défunt comme un projet intellectuel et culturel à part entière, profondément convaincu que la culture demeurait le rempart le plus solide face à la violence et aux dérives extrémistes.
Selon elle, malgré la brièveté de son parcours, Bakhti Benaouda avait réussi à imposer sa présence dans le paysage culturel algérien grâce à la profondeur de son approche critique et à son ouverture sur les différents courants de pensée. Il avait, a-t-elle expliqué, su concilier attachement à l’identité nationale et ouverture sur les mutations intellectuelles universelles, incarnant ainsi la figure de l’intellectuel libre capable d’affronter sans concession les grandes interrogations de son époque.
De son côté, le professeur Abdelkader Fidouh est revenu sur la relation intellectuelle et humaine qui le liait au défunt, affirmant que Bakhti Benaouda n’était pas uniquement un étudiant dont il avait encadré le parcours universitaire, mais un penseur doté d’une rare audace intellectuelle et d’une vision profonde.
Il a rappelé que le disparu rejetait toute forme d’enfermement idéologique et appelait constamment au dialogue et à l’ouverture, ce qui lui avait valu une place singulière au sein de l’université algérienne.
« La mémoire intellectuelle, une responsabilité collective »
Les intervenants ont également estimé que l’assassinat de Bakhti Benaouda représentait bien plus que la disparition d’un homme : il constituait la perte d’un parcours intellectuel prometteur, susceptible de contribuer au renouvellement de la critique algérienne et arabe.
Dans ce contexte, la professeure Chahrazed Toufouti a mis l’accent sur l’apport du défunt dans le domaine de l’analyse et de l’interprétation des textes, considérant qu’il faisait partie des voix ayant tenté de transformer la lecture en un acte créatif ouvrant de nouvelles perspectives de réflexion. Elle a plaidé pour une réintégration de ses travaux dans les débats académiques et culturels afin de préserver durablement la mémoire intellectuelle algérienne.
La rencontre a également été ponctuée par des lectures poétiques émouvantes présentées par le docteur Meski Abdelkader, dont les textes ont retracé le parcours d’un intellectuel demeuré fidèle à la parole libre jusqu’aux derniers instants de sa vie.
Au terme de cette conférence, les participants ont affirmé que rendre hommage à Bakhti Benaouda revenait avant tout à défendre les valeurs de culture, de conscience et de liberté. Ils ont insisté sur le fait que la préservation de la mémoire intellectuelle nationale constitue une responsabilité collective impliquant l’université, les intellectuels et les institutions culturelles, afin que les figures ayant porté la pensée libre continuent d’habiter la conscience des générations futures.




