Djamila M
À Oran, l’Association Tanwir Al Osra engage une démarche ambitieuse visant à redonner vie à l’art ancestral du tissage de la tapisserie traditionnelle, en misant sur la formation et la transmission intergénérationnelle. À travers l’organisation d’ateliers destinés aux femmes et aux enfants, l’initiative entend raviver un savoir-faire ancien en voie de disparition, tout en renforçant l’ancrage culturel et identitaire local dans une logique de préservation du patrimoine immatériel algérien.
Porteuse du projet, la présidente de l’association, Gmiri Nora, considère cette action comme une opportunité concrète d’émancipation économique et sociale pour les femmes, notamment en milieu rural. L’objectif est de leur offrir une activité génératrice de revenus, tout en valorisant des compétences artisanales souvent héritées mais peu exploitées dans un cadre structuré. Pour elle, la démarche dépasse la simple sauvegarde d’un art traditionnel et s’inscrit dans une vision de développement local durable.
« Nos aïeux nous ont appris à manger de ce que nous cultivons et à nous vêtir de ce que nous fabriquons. Nous transmettrons cet héritage aux générations futures », affirme-t-elle, résumant ainsi la philosophie qui guide le projet.
L’association accorde également une attention particulière à l’implication des enfants. Des ateliers adaptés leur sont proposés afin de leur faire découvrir les bases du tissage à l’aide de petits métiers à tisser. Une approche pédagogique et ludique qui permet une première immersion dans cet univers artisanal, tout en suscitant curiosité et intérêt pour un patrimoine souvent méconnu des plus jeunes.
Cette dynamique a déjà trouvé un écho favorable auprès du public. Les visiteurs des différentes activités organisées ont salué la qualité de l’encadrement ainsi que l’esprit participatif qui caractérise ces rencontres. L’expérience est perçue comme un espace vivant de transmission culturelle, où les gestes ancestraux reprennent vie à travers l’apprentissage et l’échange.
Dans le cadre des manifestations du mois du patrimoine, tenues à la Maison de la Culture Zeddour Brahim, l’association a également pris part à une « qâada » traditionnelle, mettant en valeur les coutumes locales. L’événement a été marqué par la présentation de mets traditionnels tels que le sfendj et le msemmen, accompagnés de thé et de café, préparés par des femmes issues du milieu rural. Cette mise en scène du quotidien culturel a contribué à renforcer l’authenticité de la rencontre.
Par ailleurs, une démonstration en direct de tissage de tapis a permis aux visiteurs d’observer les différentes étapes de fabrication, tout en s’essayant eux-mêmes à la pratique. Les enfants, particulièrement enthousiastes, ont largement participé à ces ateliers, immortalisant ces moments par des photos souvenirs, témoignant de l’impact pédagogique et émotionnel de l’expérience.
À plus long terme, l’Association Tanwir Al Osra ambitionne d’élargir le cercle des participantes et de structurer davantage cette activité afin d’en faire un véritable levier économique. L’un des objectifs majeurs est de transformer le village de Sidi Bakhthi, dans la commune d’Aïn Kerma (daïra de Boutlélis), en un pôle dédié à la production de tapis traditionnels et de l’hidoura. Une perspective qui conjugue valorisation du patrimoine, création d’emplois locaux et transmission d’un héritage culturel menacé, au service des générations futures.




