La « sanaâ » algérienne au prisme du savoir – Un salon du livre met en lumière la profondeur d’un patrimoine musical séculaire

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Djamila M

Dans le cadre des célébrations du mois du patrimoine, la bibliothèque communale Tahar Ouettar à Mers El Kebir a abrité une manifestation culturelle à forte portée symbolique, consacrée à la valorisation du livre et à la mise en lumière du patrimoine immatériel algérien. L’initiative a offert un espace de réflexion autour de la richesse de l’identité culturelle nationale, à travers l’un de ses expressions les plus raffinées : la musique andalouse et, plus précisément, l’art de la « sanaâ ».

L’événement a réuni un public varié composé de chercheurs, d’étudiants universitaires et de passionnés de musique traditionnelle, venus découvrir une approche scientifique singulière de ce patrimoine. Le moment fort de cette rencontre a été la présentation de l’ouvrage « Istiksat al-sanaâ : l’explication médiane » ( Le savoir-faire de la sanaâ : l’explication intermédiaire), du chercheur Mehdi Megnaoua, qui propose une lecture approfondie et structurée de cet art musical ancestral.

L’intérêt suscité par ce travail tient à sa démarche analytique, qui dépasse largement la simple description des formes musicales. L’auteur y explore les fondements internes de la « sanaâ », en s’attachant à en décoder les mécanismes rythmiques, les architectures mélodiques ainsi que les systèmes de mesure, notamment à travers l’étude des cycles musicaux et des règles associées au jeu du luth selon la tradition algérienne authentique.

Les organisateurs ont souligné que cette rencontre s’inscrit dans une volonté de rapprocher le public des travaux académiques portant sur le patrimoine musical national, souvent peu accessibles au grand public. Ils ont insisté sur la nécessité de considérer la « sanaâ » non seulement comme un art d’exécution, mais aussi comme une véritable construction intellectuelle, où se croisent langage, mathématiques et esthétique.

Les échanges ont été particulièrement riches, permettant d’ouvrir une discussion autour de l’importance de développer la recherche spécialisée dans le domaine des musiques traditionnelles algériennes. Plusieurs intervenants ont appelé à encourager les jeunes chercheurs à investir ce champ, encore insuffisamment exploré malgré son importance dans la préservation de la mémoire culturelle.

De son côté, la direction de la bibliothèque municipale Tahar Ouettar a réaffirmé son engagement à accompagner les initiatives culturelles et scientifiques en lien avec la sauvegarde du patrimoine. L’institution a rappelé son rôle actif dans l’animation culturelle locale et sa volonté de contribuer à la diffusion du savoir à travers des activités régulières.

Cette rencontre a été largement saluée par les visiteurs, qui ont mis en avant la qualité du contenu présenté et la pertinence de l’ouvrage. Beaucoup ont estimé que de telles initiatives participent à la préservation du patrimoine musical algérien et renforcent son inscription dans une dynamique de recherche contemporaine, au service de la transmission et de la valorisation de l’identité culturelle nationale.