Le jeu trouble de Mohammed VI

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Wassila. B

L’annonce, ce lundi 19 janvier, par la diplomatie marocaine, de l’acceptation enthousiaste du roi Mohammed VI de siéger au « Conseil de la Paix » de Donald Trump, est un épisode de plus révélateur d’une politique étrangère désormais alignée sur les caprices de Washington, au prix d’un abandon flagrant des principes qu’elle prétend défendre. Le vernis est brillant : le communiqué royal se pare des atours d’une « reconnaissance du leadership éclairé » et d’une invitation « réservée à un groupe restreint de leaders de stature internationale ». La réalité, elle, est amèrement cynique. Ce « Conseil », présidé par Trump lui-même et peuplé de ses proches (Kushner, Rubio) et d’alliés opportunistes, n’a rien d’une noble initiative multilatérale. Son préambule, qui fustige sans nuance les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué » (entendez l’ONU), en fait un instrument de sabotage de l’ordre international. Son objectif est de court-circuiter les cadres collectifs pour imposer une « Pax Americana » unilatérale, où la loi du plus fort prime sur le droit international.

En acceptant de légitimer cette mascarade, Mohammed VI ne fait pas acte de leadership ; il signe une capitulation. Une capitulation d’autant plus criante qu’elle émane du « président du Comité Al-Qods », un titre hérité censé incarner la défense de la cause palestinienne. Quel contraste entre cette posture symbolique et la réalité des actes ! Depuis la normalisation avec Israël en 2020, le Maroc a renforcé ses liens honteux avec l’État hébreu, au détriment des droits des Palestiniens. Pire, face au génocide perpétré à Ghaza depuis octobre 2023, le silence du palais a été assourdissant. Aucune condamnation ferme, aucune mesure de rétorsion, seulement une diplomatie de l’ambiguïté qui sert de caution à la poursuite des massacres.

Cette invitation à un conseil dirigé par Trump, l’architecte du « deal du siècle » qui enterre l’État palestinien, est l’aboutissement logique de cette trahison. Comment croire un instant que cette instance, dominée par les partisans les plus fanatiques de la ligne israélienne la plus dure (Jared Kushner en tête), œuvrera pour une « paix juste » ? Les belles phrases du communiqué marocain sur un État palestinien dans les frontières de 1967 sonnent désormais creux, noyées dans le bruit des applaudissements pour un projet qui en est la négation même.

Le roi absent, régnant à distance sur son pays, semble ainsi chercher dans les mirages de la reconnaissance américaine une légitimité qu’il estime peut-être défaillante à l’intérieur. Il troque l’honneur d’une cause historique contre une place au tableau de chasse d’un président américain en campagne. C’est un calcul à courte vue et à haut risque. Non seulement il enterre définitivement la crédibilité du Maroc, mais il aliène également sa souveraineté en embarquant son pays dans une aventure isolationniste, en marge de la communauté internationale et au service d’intérêts étrangers.