
Wassila. B
L’annonce faite cette semaine par le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, est bien plus qu’une simple mesure réglementaire : elle symbolise une transformation structurelle profonde de l’économie algérienne. L’interdiction d’importer certains produits cosmétiques et d’hygiène corporelle, parce que la production nationale couvre désormais tous les besoins et génère même des excédents à exporter, marque un tournant historique. De pays dépendant des importations, l’Algérie devient acteur sur le marché international de ce secteur à forte valeur ajoutée.
Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une politique volontariste menée depuis plusieurs années pour encourager la production locale, comme l’a rappelé le ministre lors du salon Cosmetica North Africa Algeria. Le dynamisme observé depuis 2021 montre l’efficacité de cette approche. Avec 330 exposants, dont 125 entreprises étrangères venues découvrir les capacités algériennes, le salon lui-même témoigne de l’attractivité nouvelle du secteur.
Plus significatif encore : l’ambition ne s’arrête pas aux produits finis. Le gouvernement encourage désormais la production locale des matières premières et des emballages, visant un produit « 100 % algérien ». Cette volonté d’intégrer toute la chaîne de valeur, en collaborant avec les complexes sidérurgiques nationaux pour les emballages métalliques par exemple, démontre une vision industrielle complète et durable.
Toutefois, cette nouvelle étape exige une vigilance accrue. Le passage au statut d’exportateur place l’industrie algérienne sous le feu des exigences et de la concurrence internationales. La qualité, l’innovation et le respect des normes les plus strictes (notamment environnementales et sanitaires) devront devenir des réflexes permanents. La pérennité de ce succès dépendra de la capacité des pouvoirs publics et des industriels à investir résolument dans la recherche & développement, à protéger la propriété intellectuelle et à bâtir des marques fortes, reconnues au-delà des frontières régionales. L’interdiction d’importer ne doit pas être un rempart confortable, mais le socle d’une conquête agressive et qualitative des marchés.
Les implications de cette réussite sont multiples. Sur le plan économique, elle réduit la pression sur la balance commerciale, crée des emplois qualifiés et valorise le savoir-faire local. Psychologiquement, elle renforce la confiance des entrepreneurs algériens, qui peuvent investir sereinement, assurés de la « protection et de l’accompagnement du gouvernement ». Géopolitiquement, elle diversifie les exportations au-delà des hydrocarbures, consolidant l’autonomie nationale.
Ce succès offre aussi des perspectives inspirantes pour d’autres secteurs. Il prouve qu’avec une stratégie claire, un soutien public cohérent et une ouverture aux technologies internationales – comme celles présentées au salon –, l’industrie algérienne peut conquérir des marchés. La transition vers l’exportation n’est pas une fin en soi, mais une étape vers une économie plus résiliente et innovante.


