
Wassila. B
En ce mois de janvier 2026, une nouvelle ligne de vie vient de s’inscrire sur la carte de l’Algérie. L’inauguration du tronçon final reliant Béchar au géant minier de Gara Djebilet ne marque pas seulement l’aboutissement d’un chantier titanesque ; elle consacre une révolution silencieuse dans le quotidien de millions d’Algériens. Sous l’impulsion de la vision présidentielle, le ruban d’acier de 950 kilomètres parachève la ligne Oran-Béchar, transformant un corridor industriel en une artère vitale pour les populations. Le projet, né de l’impératif économique d’exporter le minerai de fer, révèle aujourd’hui son visage le plus noble : celui d’un formidable levier d’intégration nationale, de justice sociale et d’épanouissement individuel.
Pour le voyageur, l’expérience est transformative. Embarquer à Oued Tlelat, près d’Oran, pour rejoindre Tindouf, c’est entreprendre une traversée épique où les paysages défilent comme les pages d’un livre géant : des plaines verdoyantes du Tell aux majestueuses crêtes de l’Atlas, avant la plongée contemplative vers l’immensité dorée du Sahara. Cette connexion, désormais assurée par des rames modernes filant à 160 km/h, abolit la notion d’éloignement. Elle remplace la fatigue des longs trajets routiers par la sérénité du rail, offrant un confort et une sécurité inédits. Pour l’étudiant de Béchar, le commerçant de Tabelbala ou la famille de Tindouf, le Nord avec ses opportunités – universités, hôpitaux, marchés – n’est plus une destination lointaine, mais une perspective accessible.
L’impact le plus profond réside dans le désenclavement systématique des territoires du Grand Sud-Ouest. En structurant des départs réguliers et en desservant des localités autrefois isolées comme Hassi Khébi ou Oum El Assel, le « train du désert » devient bien plus qu’un moyen de transport. Il est un instrument d’équité territoriale, permettant de maintenir le lien social, de faciliter l’accès aux services essentiels et d’irriguer ces régions d’un flux nouveau d’échanges et d’idées. C’est une Algérie plus unie, où la distance cesse d’être un facteur d’inégalité, qui se construit à chaque rotation des roues. Le génie de ce projet réside dans sa symbiose vertueuse entre l’impératif économique et le service public. Le minerai de fer, richesse nationale, finance et justifie cette infrastructure de pointe à travers le désert. En retour, cette dernière offre aux citoyens un service moderne et économique, tout en désengorgeant les routes nationales du flux massif des poids lourds. Cette bifurcation du fret vers le rail améliore drastiquement la sécurité routière pour tous, allonge la durée de vie des routes et offre une alternative écologique et moins coûteuse.
Enfin, cette ligne ouvre une perspective inédite : celle d’un tourisme intérieur redécouvert et d’une ouverture au monde. Elle invite à contempler les trésors du Sahara dans un confort moderne, faisant du voyage une destination en soi. Elle incarne l’ambition d’une Algérie qui maîtrise son destin, capable de grands projets structurants au service direct de son peuple. La ligne Oran-Béchar-Gara Djebilet est bien plus qu’une voie ferrée ; elle est le symbole tangible d’une nation en mouvement, qui rapproche ses enfants, valorise son patrimoine et roule, confiante, vers un avenir de prospérité partagée.

