
Wassila. B
L’annonce faite cette semaine par le ministre Mohamed Arkab est des plus claires : l’Algérie, déjà pourvoyeuse historique de gaz naturel pour l’Europe, aspire désormais à devenir un exportateur majeur d’électricité verte vers le Vieux Continent. Cette ambition, dévoilée lors de la conférence « Afrique du Nord : Connecter les continents », ne relève pas d’une simple déclaration d’intention. Elle s’appuie sur une stratégie énergétique structurée et des atouts considérables, dessinant une nouvelle carte des interdépendances énergétiques en Méditerranée.
Le poids de l’Algérie dans le paysage énergétique européen est déjà substantiel. En se positionnant comme le troisième fournisseur de gaz de l’Europe et en disposant d’infrastructures critiques comme les gazoducs vers l’Italie et l’Espagne, elle a bâti une réputation de fiabilité. Cette relation éprouvée constitue un socle solide pour imaginer une coopération élargie. Le ministre Arkab l’a souligné : la stratégie algérienne, fondée sur le développement des ressources, leur transformation, les partenariats et la formation, vise précisément à pérenniser et diversifier cette capacité d’exportation.
La nouveauté réside dans le virage vers les énergies renouvelables. Avec un programme colossal de 15 000 mégawatts à l’horizon 2035, dont 3 000 MW attendus dès 2026, l’Algérie mise résolument sur son immense potentiel solaire pour alimenter sa croissance interne et générer des excédents. L’offre est directe et pragmatique : fournir aux pays européens, notamment l’Italie qui est déjà un partenaire privilégié, de l’électricité propre à des prix compétitifs. Cette proposition arrive à point nommé pour une Europe engagée dans une transition énergétique accélérée et en quête de diversification de ses approvisionnements verts.
Cette ambition dépasse toutefois le seul cadre algéro-européen. L’Algérie se présente également comme un pivot énergétique pour le continent africain. En développant son réseau électrique à très haute tension vers le sud et en promouvant l’électrification in situ dans ses propres régions méridionales, elle prépare les infrastructures nécessaires pour alimenter à terme les pays subsahariens. Cette vision d’une Afrique interconnectée, où l’énergie circule du nord au sud, est cruciale pour un continent où plus de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. L’appel du ministre à une stratégie « plus cohérente » et à des financements européens pour ces projets d’interconnexion africains souligne la volonté de lier les deux rives du Sahara dans un destin énergétique commun.
Les défis, cependant, sont à la mesure des ambitions. Les projets d’interconnexion électrique directe avec l’Europe, au-delà des gazoducs existants, nécessiteront des investissements pharaoniques et une coordination technique et réglementaire complexe entre de multiples acteurs. La réalisation du gigantesque programme renouvelable devra également faire face aux impératifs de transfert technologique et de formation. Enfin, la stabilité régionale et la capacité à attirer des partenaires internationaux de premier plan seront des facteurs déterminants.


